Des voix s’élèvent, au sein du RN, depuis dimanche, pour critiquer cette stratégie qui -selon Gilbert Collard par exemple- aurait gommé les aspérités qui permettent au peuple de voir sa colère exprimée au grand jour.

Là, il faut faire un peu d’histoire

La dédiabolisation est vieille comme le FN. Première étape : le passage à la stratégie démocratique. A la présidentielle de 1974, JM Le Pen fait 0,8%. Il décide alors d’opérer un auto-nettoyage et demande, par exemple, aux cofondateurs du FN de 1972, parmi lesquels d’anciens miliciens (ou même pour Léon Gaultier, d’anciens Waffen SS) de surtout bien rester dans l’ombre puisque la stratégie est désormais électorale. Marine Le Pen avait 6 ans. 

La 2nde phase, bien après, consiste à se débarrasser du fardeau historique sulfureux que trimballait JM Le Pen. Il a essayé lui-même mais ses gaffes plus ou moins contrôlées trahissaient une nostalgie vichyste, son passé proche de l’OAS, tout ce bagage toxique (qu’une gouaille érudite et talentueuse masquait mal) le rendait définitivement infréquentable. Le FN ne pouvait pas espérer nouer d’alliances ou débaucher massivement à droite. 

C’est Marine Le Pen qui a balancé par-dessus bord ce lourd bagage, dans une sorte de parricide politique digne des plus belles tragédies grecques

! L’étape de la ‘déjeanmarisation’ a permis à Marine Le Pen d’être finaliste en 2017 avec un meilleur score que celui de son père en 2002, au 1er et surtout au 2nd tour. 

Étape qui ne pose problème qu’à la partie de l’extrême-droite-hors-les-murs, celle qui veut réveiller l’esprit des vieux généraux putschistes, par exemple. Mais cette frange, très bruyante sur les réseaux sociaux, hyperactive dans le combat culturel réactionnaire actuel, ne représente, sociologiquement (donc électoralement) pas grand-chose.  

Ce qui est discuté au sein du RN est donc la banalisation pas la dédiabolisation ? 

Oui. La banalisation, 3ème étape, c’est le renoncement à la sortie de l’Euro, c’est se tenir à distance raisonnable des polémiques quotidiennes par une attitude posée. Et là, la contradiction apparait. Un problème quasi mécanique : pour atteindre le seuil critique de qualification au 1er tour, il faut réunir l’électorat de base de son camp. 

Il ne faut donc pas mettre trop d’eau dans son vin, garder sa radicalité et l’expression forcément agressive de la colère populaire.

Mais pour passer en 15 jours (entre les deux tours de la présidentielle) de 20 à 51%, il faut avoir su montrer (depuis des années) des aspects bonhommes, avoir semé des graines de modération. La mue républicaine (normalisation indispensable) opérée par Marine Le Pen avec Florian Philipot lui aura été plus que profitable. 

Mais la cohérence normalité/radicalité est impossible hors circonstances dramatiques exceptionnelles. Voilà pourquoi certains s’emploient à tout dramatiser, à décrire le pays en pré-guerre civile. Seulement ces exagérations lassent comme, à la longue, on n’écoute plus un hypocondriaque. 

Enfin, l’oscillation entre posture d’affrontement et discours d’apaisement rend visible la grosse ficelle stratégique. Voilà ce qui constitue –pour l’instant, hors circonstances historiques exceptionnelles- le fameux, et finalement assez solide, plafond de verre. 

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