Rapport RTE : Quelle portée politique, pour la campagne présidentielle ?

Depuis lundi, on détaille les 6 scénarios qui nous permettraient d’atteindre la neutralité carbone en 2050. C’est l’occasion de passer à la moulinette de ce rapport documenté les réactions des candidats en la matière. Commençons (logique) par les écologistes. Yannick Jadot trouve que le gouvernement minimise le scénario 100% renouvelable. Et c’est vrai que RTE prévoit un chemin tout renouvelable. Comme quoi c’est possible ! Mais ce que minimise Jadot, c’est la dimension du bouleversement à opérer pour ce scénario. Peut-être que ce bouleversement est souhaitable (et même qu’il faudrait mieux l’organiser aujourd’hui plutôt que le subir demain) mais l’honnêteté politique serait de détailler les habitudes de production, de consommation, de mode de vie qu’il faudra révolutionner pour que l’électrification par le seul renouvelable compense la fin de l’énergie fossile. Puisqu’il faut relocaliser (pour des raisons sociales et écologiques évidentes) tout un tas de productions, alors le total de l’électrification (transport compris) demandera un incommensurable effort de sobriété. Pour l’instant, le discours de Yannick Jadot (encore moins celui de JL.Mélenchon) prépare à cette révolution collective et individuelle dont on n’a pas idée. En réalité, les écologistes seront obligés (ça viendra forcément) de convenir que la sortie du nucléaire qu’ils souhaitent sera très longue. 

Pour bien après 2050. Et côté majorité ? 

 On verra en novembre les annonces du président. On devrait rester dans l’objectif de 50% de nucléaire dans la production électrique. Les fameux petits réacteurs ne sont pas encore envisageables. Quant aux EPR, rien ne dit (contrairement à une fuite bien organisée la semaine dernière) qu’Emmanuel Macron soit vraiment décidé à en lancer dès novembre. L’incertitude technologique et de coût  reste entière après le fiasco de Flamanville. C’est donc surtout vers un programme de maintien des centrales actuelles mais aussi de sobriété et de développement des renouvelables que le président devra s’orienter. L’annonce de nouveaux chantiers EPR ne serait, dans ces conditions, qu’une annonce hypothétique. L’honnêteté politique, là, consisterait à le dire clairement et à dire qui socialement devra faire le plus d’efforts de sobriété ! D’autant qu’avant 2050, nous avons des obligations pour 2030. Seuls plus de renouvelables et d’économies d’énergie nous permettront de les honorer. Encore faudrait-il qu’Emmanuel Macron cesse de câliner Stéphane Berne et tous les propagateurs de bobards sur les éoliennes. Quant à la droite et à l’extrême-droite, ils sont à l’unisson fétichiste du nucléaire. Le rapport devrait les obliger (honnêteté politique toujours) à cesser de diaboliser le renouvelable. Ce rapport à l’avantage rare de fournir au débat des réponses scientifiques objectives qui devraient inciter à sortir du tout ou rien de tribune. Mais il n’enferme pas non plus dans une solution qui serait celle de la rationalité. Chaque option entraine des conséquences qu’il ne faut ni minimiser ni caricaturer. Ça s’appelle le débat éclairé. Espérons qu’au moins sur ce thème, il puisse avoir lieu.  

L'équipe
Thèmes associés