"Désinvolture" : c'est le mot choisi par la procureure pour décrire l’état d’esprit de responsables dont on ose espérer qu’ils sont les derniers spécimens d’une génération qui se sent au-dessus des lois et des contingences matérielles.

L’absence, hier, de Nicolas Sarkozy devant ses juges, au moment du réquisitoire, illustre parfaitement ce mot "désinvolture" choisi par la procureure.

Nicolas Sarkozy, président en exercice, était (comme tous candidats) responsable devant la loi de ses comptes de campagne. On peut concevoir que ses hautes fonctions l’amenaient à déléguer. Qu’en pleine campagne, il n’ait pas visé lui-même le détail des factures d’éclairage ou de son est une évidence. Mais qu’il ait dédaigné les avertissements de ses collaborateurs, à propos de la dangereuse trajectoire des dépenses, qu’il ait évacué le sujet par une sorte de "débrouillez-vous" implicite ou explicite, voilà qui trahit un état d’esprit de propriétaire de la chose publique, une disposition particulière à se considérer hors des règles du jeu électoral.

Pour Nicolas Sarkozy, l’intendance suivrait et la victoire – selon la loi du plus fort – serait la seule juge. Mais l’intendance, dans le cadre du financement strict et plafonné des campagnes, c’est le contribuable qui la règle, puisqu’à la fin, les dépenses sont remboursées. Elles sont remboursées pour que la fortune ou la proximité avec les plus riches ait moins d’influence. En refusant d’écouter les alertes, Nicolas Sarkozy ne faisait pas preuve de passion aveugle mais d’une aveugle ambition égocentrique.   

Ce n’est pas une affaire d’enrichissement personnel

Non, les enquêtes ne l’ont pas montré. Il s’agit juste – si l’on peut dire – d’une tricherie, de jeux frauduleux d’écritures comptables pour masquer un énorme dépassement des plafonds de dépenses autorisées. Ce qui ajoute à cette impression de "désinvolture", c’est le choix de Nicolas Sarkozy d’opter pour une défense qui accuse ses amis politiques de prévarication, d’enrichissement personnel. L’accusé n’hésite pas à laisser penser qu’il y a une faute encore plus grave pour tenter de dissimuler la sienne. Il suffit pourtant de revoir les images des meetings surnuméraires décidés par le candidat pour s’apercevoir que les shows étaient plus près de Cecil B. DeMill que de la réunion de préau. Il ne s’agit pas que de désinvolture d’un politique mais de pratiques que les Français (qui pourtant adorent dégoiser sur leurs élus) avalisent à leur façon. Ainsi les époux Balkany (meilleurs amis de Nicolas Sarkozy) étaient constamment et très bien réélus dans leur bonne ville de Levallois-Perret. Ça n’a pas été le cas pour Nicolas Sarkozy en 2012, encore moins en 2016 (où il est battu dès la primaire) mais aujourd’hui… l‘ancien président reste le politique le plus respecté par le cœur de l’électorat de droite. Il est toujours désigné –dans bien des commentaires – comme un incontournable faiseur de roi pour la prochaine présidentielle ! Ce n’est donc pas juste "certains politiques" en eux-mêmes qui se montrent désinvoltes mais bien notre rapport collectif à la chose publique. 

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