Le 15 juin, la Hongrie votait une loi amalgamant homosexualité, pédophilie et pornographie. Ce matin retour sur la dissension entre la Hongrie et l’Europe sur les droits LGBT…

Débat sur l'homophobie dans l'UE : le signe positif de l'émergence d'une opinion publique européenne ?
Débat sur l'homophobie dans l'UE : le signe positif de l'émergence d'une opinion publique européenne ? © AFP / BORIS ROESSLER / DPA / dpa Picture-Alliance

Le 15 juin, la Hongrie votait une loi amalgamant homosexualité, pédophilie et pornographie.

Cette loi viole la charte des droits fondamentaux de l’Union qui bannit les discriminations liées à l’orientation sexuelle. 

Le sujet, au premier abord, semble diviser les pays de l’Ouest et du nord, de tradition plus libérale, et de l’autre côté, les anciens pays du bloc de l’Est qui n’ont pas terminé leur décongélation communiste et donnent parfois l’impression de rester dans un état d’esprit très 20e siècle sur les questions sociétales. 

Ce sont des sociétés encore assez rurales, qui vivent un retour du religieux depuis les années 90.

Mais à y regarder de plus près la fracture n’est pas qu’entre les nations. Elle traverse toute l’Europe, avec des dominantes différentes, par pays. Culture citadine versus culture rurale, illustrée par les importantes gay pride, à Varsovie, par exemple.  

Controverse qui peut avoir un aspect positif

Elle peut être vue comme une étape dans la construction d’une opinion publique européenne, tant attendue. 

Une opinion publique en gestation (même divisée) voilà bien le meilleur moyen pour que se forge une identité continentale et un sentiment d’appartenance à l’Union.

Qu’est-ce qu’une communauté nationale (ou, en l’occurrence, continentale) si ce n’est le cadre des discussions, parfois rudes, sur les règles de l’organisation de la vie commune ? 

Emmanuel Macron, comme Angela Merkel, leaders des deux plus grands pays, avec une population plus urbanisée, sont les défenseurs de l’avancée des droits LGBT. C’est le sens de l’histoire et l’avenir de l’Europe. 

Mais en France, un vent conservateur se fait aussi entendre

Marine Le Pen par exemple, qui défend le droit des homosexuels quand ils sont attaqués, dans certaines banlieues ou l’islamisme (donc là aussi, une certaine forme de culture traditionnelle) domine, explique, en même temps, qu’elle comprend l’UEFA qui refuse que des stades de foot soient éclairés aux couleurs de l’arc-en-ciel, emblème de la défense des droits LBGT.

La cheffe du RN expliquait, à ce micro qu’il ne faut pas faire la promotion d’une orientation sexuelle.

Comme si lutter contre une discrimination s’apparentait à la promotion de la communauté discriminée ! Il est normal de voir des chefs d’Etats et de gouvernements s’exprimer sur ce sujet mais cela donne l’impression que les clivages sont d’abord nationaux, là où ils sont, en réalité politiques et sociologiques.

La controverse autour de l’éclairage de stade de foot pendant l’Euro, le débat sur l’homophobie dans le sport ont cet avantage paradoxal : ils dépassent le cadre d’un différend entre nations qui défendraient des intérêts, pour devenir celui d’une controverse au sein de la population européenne. 

Là où l’on peut voir une forme de délitement de l’Europe n’y a-t-il pas, au contraire un signe positif ? J’en conviens, la démonstration peut pécher par optimisme … 

Mais quand un Français se sent plus en connivence avec un manifestant de la gay pride de Varsovie qu’avec son compatriote homophobe ou raciste d’une tribune de foot, n’est-ce pas que l’Europe commence enfin à prendre politiquement corps ?

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