Eric Zemmour quitte C-News. Son temps de parole devait être décompté. Il ne dément pas l’idée d’une candidature et des maires ont reçu des demandes de parrainage.

Éric Zemmour confond société multiconfessionnelle à la libanaise et société républicaine qui, malgré tout, reste solide, largement plébiscitée
Éric Zemmour confond société multiconfessionnelle à la libanaise et société républicaine qui, malgré tout, reste solide, largement plébiscitée © Getty / Alain Denantes

Au-delà de ces aléas juridiques, c’est l’occasion de s’interroger sur le statut des paroles qui participent au débat public. Aujourd’hui, ce que dit Eric Zemmour n’est plus seulement une contribution à la conversation nationale mais doit être écouté comme une possibilité de mise en pratique. 

Ça change tout ! Son propos n’est plus un simple constat, il est aussi un projet et décrit une société potentielle

Il nous faut donc, comme pour tous les candidats, démonter le mécanisme, comprendre de quoi il est fait. Prenons pour cela deux éléments tirés de son interview de samedi sur France 2. 

La méthode Zemmour est faite principalement de distorsions érudites et de corrélations abusives. Distorsions érudites d’abord : le polémiste cite Choses vues de Victor Hugo. Le plus grand livre politique à son avis (à mon avis aussi). Il cite l’auteur en 1840 tentant de convaincre le Général Bugeaud du bienfondé de la colonisation. 

Ce passage existe mais Choses vues c’est le journal de l’écrivain sur des décennies qui retrace l’itinéraire d’un jeune monarchiste nationaliste devenu républicain social, universaliste prônant l’amnistie des communards. La vérité d’Hugo, c’est son aboutissement, l’exact contraire de ce que la lecture sélective de Zemmour lui fait dire. Zemmour triture l’histoire et la littérature pour alimenter sa pensée. 

C’était anecdotique quand ce n’était que sa pensée, c’est problématique s’agissant d’un discours politique influent.   

Et puis l’équipe de France de foot

Autre aspect du raisonné zemmourien, la corrélation abusive : le 11 de France est largement composé de noirs.

Il le souligne sans nier qu’il s’agisse de la sélection des meilleurs. Le racisme se niche là : le 11 de France serait devenu noir depuis que le système de jeu est passé de la finesse stratégique à la puissance athlétique.

Entendez les blancs peu athlétiques mais  intelligents, (Giresse, Platini) ont été remplacés par des noirs plus puissants. Stéréotype raciste classique. Si cette lecture avait un quelconque fondement, c’est le XV de France qui serait noir. 

En réalité, le 11 national est noir parce qu’une équipe nationale de foot est l’équipe des quartiers urbains les plus populaires. 

La couleur des bleus (si je puis dire) devrait nous interroger sur l’état de ghettoïsation de nos banlieues plutôt que sur les qualités athlétiques innées fantasmatiques des noirs ! 

De même, l’équipe de France de Rugby est majoritairement composée de blancs ayant l’accent du sud-ouest. 

Ecoutez parler Serge Blanco, même les noirs du rugby ont un parler rocailleux. Si le onze de France est celui des quartiers les plus populaires des grandes villes, le XV de France est celui des villes moyennes du sud-ouest et des étudiants parisiens.

 Ces sont deux équipes nationales pour autant ; la distorsion érudite et la corrélation abusive que pratique Éric Zemmour sont des armes rhétoriques classiques de la pensée préfasciste qu’il faut décortiquer. Son entrée dans l’atmosphère présidentielle en sera l’occasion de toutes parts. Pas sûr qu’il y survive politiquement très longtemps.   

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