Carton rouge à David Cameron sur ses exigences pour rester dans l'Union européenne. Pendant des mois, nous avons dit qu'il fallait absolument que la perfide Albion reste dans l'Union européenne. Elle est une garantie libérale, empêchant les Français d'étatiser l'économie, les Allemands de la cartelliser. Elle permet de nouer des accords commerciaux internationaux et d'oeuvrer au libre échange. Elle permet aux Français de ne pas être trop seuls quand ils font la guerre, même si David Cameron est moins combatif depuis les errances de Tony Blair en Irak. Politiquement, elle évitait un face à face permanent entre la France et l'Allemagne. Sa sortie aurait été vue comme la fin de l'Europe. Vu de Chine, d'Amérique Latine, d'Australie, l'Europe sans l'Angleterre, c'est l'Allemagne. Mais trop c'est trop, les exigences de Cameron attaquent les fondamentaux de l'Europe ; M. Cameron, partez !

L'affaire concerne la liberté de circulation des travailleurs. David Cameron veut que les travailleurs polonais ne puissent pas bénéficier des allocation fiscales britanniques avant un délai de quatre ans. C'est le coeur du système britannique. Les salaires peuvent être très bas. Mais le fisc fait la différence. Et voilà que les partenaires du Royaume-Uni sont prêts à céder comme ils l'avaient fait face à Tony Blair lors de la Constitution européenne. L'argument est spécieux : il n'était pas prévu que tant de Polonais iraient travailler en Angleterre. On n'avait pas prévu, non plus, que les Français importeraient autant de voitures allemandes. Le marché unique, c'est un équilibre ; Les capitaux, les services, les marchandises peuvent circuler librement, à condition que les travailleurs puissent le faire aussi. En retardant le versement de leurs allocations, ce droit est sérieusement ébréché. Cette décision reviendrait à rendre inaccessible le marché du travail aux Européens de l'est. Par cette décision, l'Angleterre sort du marché unique et boute les Européens de l'est hors de l'Europe, c'est inacceptable. Et elle risque de donner de mauvaises idées aux Français, qui veulent revoir la directive sur les travailleurs détachés venus de Pologne.

Second grief : la zone euro. Les Anglais sont hors de l'euro. Ils n'ont peut-être pas eu tort. Mais, ils sont les banquiers de l'euro. La City, c'est la place financière de l'Europe. Francfort a toujours été faible, et les Français ont tué Paris, à force de faire de la finance leur adversaire. David Cameron prétend qu'il laissera la zone euro libre de s'organiser. Sauf lorsque cela affecte le Royaume-Uni. Et par un habile tour de passe-passe, voilà que le Royaume-Uni veut retrouver son droit de veto sur toutes les directives financières en Europe. Il ne faut pas céder. D'autant que cela ne servira à rien. Les Anglais sont intoxiqués par trente ans de Bruxelles Bashing. Ils ont toutes les chances de voter non, comme l'ont fait les Français et les Néerlandais en 2005. Quelques scalps offerts à David Cameron ne changeront pas l'issue du référendum qui pourrait être convoqué en juin.

Ne détruisons pas ce qui reste de l'Europe pour une cause perdue. A Cameron de convaincre ses électeurs.

Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.