Tribune hommage au quinté français qui nous dirige : Hollande, Valls, Le Drian, Cazeneuve et Fabius. Très tôt, ils nous ont mis en garde sur les risques du conflit en Syrie. Sans cesse, ils ont mis en alerte sur les Français partis faire le djihad là-bas. Sans cesse, ils ont dit que la menace n'avait jamais été aussi forte. Et ils avaient raison, comme l'a montré la suite.

Hélas, il y a une autre menace, c'est celle de la Libye. Depuis des mois et des mois, le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, ne cesse de tirer la sonnette d'alarme. Une partie du pays est aux mains de l’État islamique. Ils ont saisi la ville de Syrte en juin 2015. Ils contrôlent une bande côtière de 300 kilomètres. Ils menacent de saisir les ressources pétrolières. Ils sont à 350 kilomètres de l'île italienne de Lampedusa. Et lorsque l'hiver sera passé, l'Europe risque d'avoir un nouvel afflux de réfugiés venus de Libye avec des terroristes dans les bagages. Bref, la Libye de demain, c'est la Syrie d'aujourd'hui. Une véritable bombe. Les 23 pays qui combattent l'EI en Syrie se retrouvaient aujourd'hui à Rome. Pour parler notamment de la Libye. « La dernière chose que nous voulons au monde est un faux califat ayant accès à des milliards de dollars de revenus en pétrole », a mis en garde le secrétaire d’État américain John Kerry.

L'affaire est des plus compliquées. Nous n'avons pas le choix entre le bien et le mal, mais entre le mauvais et le pire. Qu'auriez-vous dit si Benghazi avait été noyée dans le sang par Kadhafi ? Depuis quinze ans, les Occidentaux ont tout essayé et échoué sur tout :

  • Intervention au sol et changement de régime : c'est le double désastre en Afghanistan et en Irak.

  • Pas d'intervention au sol mais bombardement et changement de régime : c'est le désastre issu de l'éliminaton de Kadhafi.

  • Pas d'intervention militaire ni changement de régime pendant plusieurs années: c'est le drame de la Syrie.

Là, il faut choisir le moins pire. Et ne rien faire, c'est sans aucun doute courir à la catastrophe.

Faut-il donc aller combattre Daech en Libye ? Oui, mais pour cela, de nombreuses conditions doivent être remplies. C'est pour cela que Laurent Fabius a décrété qu'une intervention miliaire n'était pas d'actualité.

  • Un : il faut au minimum un appel des autorités libyennes. Manque de chance, il n'y en a pas puisqu'il y a deux gouvernements en Libye, l'un à Tripoli, l'autre à Tobrouk, qui se font la guerre. Rien ne peut bouger sans un début d'union nationale en Libye.

  • Deux : un appel des voisins, l'Egypte, le Tchad, la Tunisie et au moins la tolérance de l'Algérie.

  • Trois : une validation par le Conseil de sécurité de l'ONU.

  • Quatre : monter une coalition.

Une intervention occidentale au sol, serait-elle envisageable ? Non. Comme en Syrie, les Occidentaux ne doivent pas intervenir au sol, mais oui, ils doivent participer. Nous avons trouvé un candidat idéal pour prendre la tête de la coalition : l'Italie de Matteo Renzi. Elle est en première ligne, c'est l'ancienne puissance coloniale, et passe son temps à se trouver négligée par la France et l'Allemagne. Qu'elle prenne ses responsabilités. La France, le Royaume-Uni et les Etats Unis doivent participer mais rester plus discrets. L'Italie, notamment, participerait au contrôle martime, la France et ses alliés tiendraient les passes du sud à partir de ses implantations dans le Sahara.

Mais pour cela, il faut que les Libyens forment un gouvernement d'union nationale approuvé par le Parlement. On n'y est pas encore.

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