Avant, tout était simple, au Royaume d'Espagne. Il y avait deux partis qui se partageaient le pouvoir : le PP, ou parti populaire, le parti conservateur de droite; et le PSOE, les socialistes espagnols à gauche. Et pour pimenter tout cela, quelques indépendantistes catalans ou basques. Heureux bipartisme qui a volé en éclat avec la crise et les élections.

A droite, le PP de Mariano Rajoy, a perdu sa majorité absolue, sur les mesures d'austérité et des scandales à répétition. Cela en dépit d'une croissance revenue à 3,2 % et de 680 000 emplois créés l'an dernier. Il a vu un parti centriste émerger, Ciudadanos.

A gauche, le PSOE a subi un destin proche du Pasok grec. Il a été vivement concurrencer par Podemos, mouvement issu des indignés et amis de Jean-Luc Mélenchon.

Résulat : le 20 décembre dernier, l'Espagne s'est retrouvé dans une situation ingouvernable : le PP n'a pas de majorité même avec les centristes de Ciudadanos. Le PSOE n'a pas de majorité même avec la gauche radicale de Podemos. Et comme on n'est pas en Allemagne, hors de question de faire une grande coalition entre le PP et les socialistes qui se détestent cordialement. Pire, pour convoquer une nouvelle élection, il faut qu'au moins une personne tente de former un gouvernement et essuie un vote négatif au Parlement. Las, pendant des semaines, personne n'a voulu se sacrifier pour tenter de former un gouvernement et permettre la tenue d'élections.

Mais tout a changé mardi 2 février, lorsque le PSOE a accepté de former un gouvernement. Le roi a demandé hier au jeune secrétaire général du parti socialiste, Pedro Sanchez, de former un gouvernement. Il a demandé un mois pour former ce gouvernement. C'est une bonne nouvelle. Car, si dans un mois, il essuie un vote négatif, des élections seront convoquées deux mois plus tard. Pourquoi Sanchez a-t-il accepté ? Parce qu'il n'a pas intérêt à de nouvelles élections. A gauche, la dynamique est favorable à Podemos. Et si cette dernière formation arrivait à s'allier avec les communistes, elle pourrait bien dépasser le parti socialiste. En Espagne, beaucoup parient à terme sur le remplacement à terme du PS par la gauche radicale. A droite, la dynamique est favorable à l'adversaire du PP. En effet, de nombreux électeurs de droite avaient voté centriste, fatigués des scandales à répétition. Mais en cas de nouvelles élections, ils pourraient revenir dans le giron conservateur pour être sûr de garder le pouvoir.

Le socialiste Pedro Sanchez est donc celui qui a le plus intérêt à réussir. Son programme économique est assez proche de celui de Podemos. Il veut revenir sur les mesures de la droite. Instaurer un revenu minimum vital ; Revenir sur la réforme du marché du travail et propose une réforme constitutionnelle pour transformer l'Espagne en État fédéral. C'est sur ces points que les négociations seront les plus dures avec Podemos. Podemos pense que l'Espagne est un état plurinational et veut autoriser le référendum sur l'indépendance de la Catalogne. L'Espagne s'écharpe sur ce sujet, mais il est durablement bloqué : les conservateurs du PP ont la majorité absolue au Sénat et peuvent bloquer toute réforme constitutionnelle. Il n'empêche, les socialistes plus Podemos, cela ne fait pas une majorité absolue. Il faudra que Pedro Sanchez parvienne à récupérer le soutien des centristes de Ciudadanos. Ces derniers y ont intérêt, car, en cas de nouvelles élections, ils devraient perdre une bonne partie de ses députés.

Bref, pendant des semaines, on ne va rien y comprendre en Espagne. Et quoi qu'il arrive la législature sera courte.

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