Comme chez nous, dans un appartement russe, vous avez deux objets importants : le frigo et la télé.

Aujourd'hui, la télévision ne parle plus guère de l'Ukraine. Elle vante maintenant le retour de la Russie en tant que grande puissance militaire – notamment au Moyen Orient. Elle filme les départs des chasseurs bombardiers russes qui opèrent dans le ciel de la Syrie.

Mais, côté frigidaire, c'est nettement moins martial – on a du mal à remplir les rayons. Car la Russie semble partie pour connaître une deuxième année de récession. Elle a terminé 2015 sur une baisse du Produit intérieur brut de 3,8 %. Vladimir Poutine disait fin octobre que le pays avait passé le plus dur. Le président annonçait le retour de la croissance pour 2016. Le gouvernement russe en doute de plus en plus. Nombre d'experts tablent sur une nouvelle baisse du Pib – cette fois, de l'ordre de 2 %.

Pourquoi ? Trois facteurs. Le premier, le plus important, c'est le tassement continu du prix du pétrole : le gouvernement a préparé son budget 2016 sur la base d'un baril à 50 dollars. Il s'échange aujourd'hui à 38 dollars, et cela pourrait durer toute l'année. Le pétrole, exportation numéro un de l'économie russe, représente la moitié des recettes budgétaires de l’État.

Deuxième facteur : Les sanctions prises par l'Union européenne et les Etats-Unis dans l'affaire ukrainienne.

Troisième facteur : Le coût des opérations militaires extérieures.

Résultat : le rouble a perdu 60 % de sa valeur par rapport au début 2015. L'inflation flirte avec les 16 %. Le revenu moyen des Russes a chuté de 10 %, celui des retraités plus encore.

Mais revenons à la dialectique du frigidaire et de la télévision. Pour le moment, à l'issue de la récession de 2015, donc, le président Poutine reste très populaire : 80 % de satisfaits. Ce que les Russes voient à la télévision leur plaît – un pays en passe de redevenir une grande puissance militaire. Mais les mêmes instituts de sondages avancent un autre chiffre : 39 % des Russes avouaient début 2016 ne pas avoir assez de moyens pour s'acheter en même temps suffisamment de vêtements et de nourriture.

La ligne de front passe entre le frigo et la télé. Encore une année de récession, et il n'est pas sûr que la télé continue de l'emporter.

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