George is back. George est de retour. Vous savez, le milliardaire américain d'origine hongroise George Soros. Vous l'aviez oublié ? En 1992, il avait fait sa fortune en boutant la livre britannique hors du SME. En 1997, il avait récidivé en s'attaquant à la Corée et à la Thaïlande. Et le voilà cette année qui s'attaque aux devises asiatiques.

Comprendre le Yuan, la devise chinoise. Les Chinois sont furieux, autant que l'étaient les Anglais il y a un quart de siècle . Les médias officiels l'ont accusé de déclarer la guerre au yuan, de s'être trompé en prédisant des difficultés pour la Chine à plusieurs reprises.

En réalité, Soros et les hedges funds américains pourraient gagner, parce que, contrairement à ce que l'on croit, les spéculateurs ne spéculent pas sur du vent. Ils spéculent sur la réalité. Et la réalité est dans leur camp, pas dans celle des gouvernements. La livre anglaise était surévaluée, les devises asiatiques l'étaient aussi, et le yuan chinois l'est aussi. Depuis des mois, la banque de Chine puise dans ses précieuses réserves en dollars pour défendre sa monnaie. Elle peut le faire parce qu'elle a accumulé des milliers de milliards de dollars en vendant ses produits à l'Occident depuis un quart de siècle. Elle a dépensé, le mois dernier, 100 milliards de dollars pour défendre le cours du yuan. En décembre, il avait fallu jeter 108 milliards de dollars pour calmer la spéculation. Au total, les réserves de change de la Chine ont fondu de 800 milliards de dollars en un an. Pékin dispose encore des réserves les plus élevées du monde, mais ne sont plus qu'à 3230 milliards de dollars. Ce rythme est intenable, la Chine changeant de modèle.

Depuis la fin du maoisme, elle a inondé de marchandises les marchés mondiaux grâce à une matière première qui semblait aussi inépuisable que le pétrole en Arabie saoudite : la main d'oeuvre bon marché. Las, la donne a changé. Parce que la Chine a augmenté ses salaires de plus de 10 % par an pendant vingt ans. Le smic à Shanghai est désormais de l'ordre de 260 dollars. Cet écart parait élevé avec l'Europe. Il n'est l'est pas, car un Chinois est trois fois moins productif qu'un Européen. Traduction : l'industrie chinoise est en perte de vitesse. Résultat : les entreprises préfèrent investir à l'étranger et multiplient les acquisitions. Les riches chinois mettent leur épargne à l'abris. Et deux écoles s'affrontent :

  • ceux qui veulent dévaluer pour éviter des restructurations douloureuses dans le secteur public.

  • ceux qui veulent tenir et réformer l'économie, pour qu'elle monte en gamme et soit plus orientée vers la consommation intérieure.

Bref, la Chine vit un peu le débat français de 1983 sur la rigueur.

Mais qu'a-t-elle choisi ? Pour l'instant, rien. Le premier ministre a dit qu'il n'était pas question de dévaluer le yuan, mais la Chine ne semble pas vouloir réformer son industrie. Pourquoi ? Parce que restructurer l'industrie et les entreprises d’État, c'est licencier des millions de Chinois et entrer dans l'ère du chômage. Et l'aile gauche à Pékin n'a pas ce courage. Pourtant, il faudra bien s'y coller.

L'industrie chinoise doit monter en gamme, comme tout le monde. La dévaluation, on le sait, n'est pas une solution, surtout si tout le monde cherche à faire la même chose.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.