Les masques sont enfin tombés en Bavière. Manuel Valls a proclamé tout haut, samedi, à Munich, ce qu’il distillait depuis des mois : son exaspération face à la politique d’accueil des réfugiés décidée par Angela Merkel. « L’Europe ne peut accueillir davantage de réfugiés », a-t-il déclaré. « La France s’est engagée pour 30 000 réfugiés. Mais pas plus ». Une attaque directe contre Angela Merkel, accusée d'avoir créé un énorme appel d'air en septembre en déclarant que son pays donnerait l'asile à tous les réfugiés syriens. Valls a brocardé ceux qui parlaient d'attribuer le prix Nobel de la paix sur son accueil des migrants.

Les reproches faits à la Chancelière allemande : ne cesser de faire cavalier seule. Pour commencer, en septembre, après la publication du petit Aylan Kurdi mort noyé sur les côtés turques, elle ouvre grand les vannes créant un appel d'air. Fureur intérieure de Valls et de Cazeneuve. Ensuite, devant l'afflux de migrants, elle annonce qu'elle ferme provisoirement ses frontières avec l'Autriche. Fureur de Valls et de Cazeneuve qui avaient résisté pendant tout l'été à fermer la frontière franco-italienne. Ensuite, paniquée par l'arrivée massive de migrants, elle s'envole seule à Ankara pour négocier avec la Turquie qu'elle garde ses frontières. Fureur de Paris qui voit l'Allemagne négocier en douce la réouverture des négociations d'adhésion avec la Turquie et la facilitation des visas pour les Turcs.

Pourtant, les Français sont mal placés, eux qui n'ont accueilli qu'une centaine de migrants relocalisés à partir de la Grèce. C'est vrai, même s'ils ont quelques excuses : un chômage massif, un front national qui prétend être premier parti de France ; une intégration en échec. Surtout, les Français font la guerre et sont les premières victimes occidentales du terrorisme. Mais le vrai sujet, cela reste Merkel, qui a agi comme toujours, de manière morale :

  • Dans la crise de l'euro, il fallait punir les Grecs qui avaient triché.

  • Dans celle des réfugiés, il faut acceuillir son prochain comme le bon samaritain.

D'autant plus qu'en Allemagne, on est tous fils de réfugiés depuis les drames du 20 ème siècle. Ce que Merkel n'avait pas vu, c'est que sa position morale allait devenir moins morale. Parce qu'après Cologne, la population allemande se retourne. Parce que l'extrême droite progresse de manière inquiétante à l'approche des élections régionales de mars. L'Europe est engagée dans une course de vitesse contre les populismes alors que le flux de migrants devrait repartir au printemps.

L'unique solution : réduire les arrivées. Et c'est le sujet du conseil européen de cette semaine. Angela Merkel ne veut pas donner de chiffre car elle ne veut pas se dédire. Si Manuel Valls a été brutal à Munich, Merkel reste hypocrite. La seule solution, outre la paix en Syrie, c'est à long terme de faire ce que les dirigeants n'ont jamais voulu faire :

une police fédérale pour garder les frontières extérieures de Schengen et une répartition des migrants.

A court terme, il faut mettre en œuvre les accords avec la Turquie :

  • financement sur place de l'aide aux réfugiés,

  • fermeture de leur frontière avec la Grèce

  • renvoi de Grèce en Turquie des migrants économiques venus d'Afrique.

On le voit, ce n'est pas très joli joli comme programme.

C'est la seule voie imaginée pour l'instant pour ne pas avoir à choisir entre la survie de nos démocraties et la protection individuelle de chaque réfugié.

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