C’est une bien étrange entreprise de démolition économique qui est à l’œuvre à Varsovie. Ce gouvernement ultra-conservateur, qui détient tous les pouvoirs, n’avait pas tardé à faire parler de lui en multipliant les propos anti-européens, europhobes, anti-réfugiés, et volontiers complotistes, et en s’attaquant dès ses premières heures aux fondements de la démocratie libérale, voilà qu’il s’en prend, aujourd’hui, ouvertement aux étrangers, plus précisément au capital étranger, à l’argent étranger. Sous couvert d’un « patriotisme économique » mal digéré, ce gouvernement affirme vouloir « repoloniser » le pays et défendre sa « souveraineté économique » y compris par des renationalisations. Déjà, pendant la campagne électorale, le ton avait été donné : on allait taxer les banques et les grandes surfaces « à capital étranger » bien sûr. Pour les banques, les assurances et les sociétés de crédit, c’est fait depuis quelques jours. Pour les grandes surfaces, c’est en préparation, et comme Bruxelles a prévenu qu’il ne pourrait y avoir au sein du marché unique, des mesures discriminatoires, qui frappent telle enseigne et non telle autre, et bien, qu’à cela ne tienne, le gouvernement polonais a décidé de taxer tout le monde, les grandes surfaces polonaises comme celles à capital étranger qui demeurent la véritable cible. D’autres mesures sont en préparation, pour reprendre le contrôle de certaines banques, et de plusieurs médias détenus, notamment par des groupes allemands, ah revoilà la vielle et détestable antienne de l’ennemi germanique !

L’impact économique est déjà catastrophique. Tout simplement parce que les investisseurs étrangers ont été totalement parties prenantes du « miracle polonais », et qu’aujourd’hui certains cherchent déjà à se désengager ou à freiner leurs projets. Dans une période tourmentée, le tableau de bord de l’économie polonaise a encore de quoi faire pâlir d’envie certains pays de l’Union : une croissance à 3 et demi %, un chômage à 7% seulement et qui continue à décroitre, le tout avec un déficit public et un endettement sous la barre des critères de Maastricht. S’il est un pays qui a profité de l’Union européenne, c’est bien la Pologne : un quart de siècle après la chute du communisme, tout a changé dans ce pays. La Pologne a profité à plein du marché unique, ses entreprises ont pris des parts de marché et se sont implantées avec succès, notamment en Allemagne. C’est un bon en arrière que risque de provoquer aujourd’hui un gouvernement touché par une mauvaise fièvre populiste.

Les Polonais ont confié leur destin à ce parti populiste pour de multiples raisons qui font que le populisme a le vent en poupe partout en Europe, mais aussi, sans aucun doute, parce qu’en Pologne, tout est allé vite, tout est allé peut-être trop vite, déstabilisant et bouleversant les repères d’une partie de la société. C’est le grand paradoxe qu’incarne ce pays de près de 40 millions d’habitants. Une moitié des Polonais s’est jetée avec une énergie sans pareille dans la belle aventure d’une transition démocratique et économique. Une autre s’en est sentie fragilisée, insécurisée, déclassée même. C’est cette polarisation extrême de la société qui menace aujourd’hui la Pologne. Nous avions hier aidé les dissidents polonais dans leur combat contre le communisme. Il faudrait aujourd’hui aider cette société civile qui commence à se mobiliser, et qui n’entend pas laisser détruire ce qu’elle a mis tant d’énergie à construire.

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