Il faut sauver les dahus européens. Vous êtes surpris ? Souvenez-vous : les dahus de votre enfance. Les dahus, ce sont ces créatures de légende, qui avaient les pattes de côté plus courtes pour pouvoir se tenir à flanc de coteau. L'Europe, c'est pareil. Elle ressemble à un troupeau de dahus. De beaux animaux dont une des jambes est trop courte et dont les rabat-joie prédisent la disparition. Avec Harlem Désir, nous avons fait la liste des Dahus européens :

  • On a fait une union monétaire sans gouvernement économique

  • On a fait un marché intérieur sans harmonisation fiscale et sociale

  • On a fait un espace de libre circulation (Schengen) sans contrôle extérieur des frontières.

  • On fait de l'Europe une puissance mondiale sans armée.

Voici une Europe faite de Dahus qu'il faut sauver.

Explication darwinienne : les dahus européens ont pu prospérer car l'environnement leur était favorable. On a créé l'Europe comme si elle vivrait dans un espace irénique, protégée par la Guerre froide, puis par la fin du communisme. L'euro sans gouvernement économique : tout aurait pu fonctionner si les gouvernements européens s'étaient comportés en bon pères de famille. Schengen sans police fédérale ni politique d'immigration : tout roulait tant que la guerre ne frappait pas à notre porte. Le marché intérieur sans harmonisation fiscale ni sociale, il devait forcer les Etats à maigrir grâce à une saine concurrence. Tout cela roulait tant que nous n'avions pas à subir une mondialisation violente et la concurrence des pays de l'élargissement. Enfin, l'Europe n'avait pas besoin de défense, Washington s'en chargeait. C'était avant que les Américains ne mettent l'Irak à feu et à sang et ne désertent l'Europe pour mieux pivoter sur le Pacifique. Tout cela ne disqualifie par l'Europe. Simplement, il faut la réarmer, sans la fermer ou la transformer en forteresse.

Il faut donc mettre des atelles aux dahus. Et déjà, d'immenses progrès ont été accomplis sur l'euro. Il faut continuer avec un budget de la zone euro digne de ce nom, un fond fédéral pour éviter les faillites bancaires et un parlement de la zone euro, fait de députés nationaux et européens. Sur Schengen, il faut mettre en place des quotas d'immigration et une police fédérale des frontières imposée à l'Italie, la Grèce et la Hongrie. Enfin, sur la défense, il faut réinvestir et réarmer. Même les Allemands ont commencé à le faire.

Mais, ce ne sera jamais fini. L'Europe vit dans ce que Jean Pisani Ferry appelle le paradoxe de Zenon. L'Europe avance, mais il lui reste toujours la moitié du chemin à accomplir. On croyait l'euro sauvé ? On nous explique qu'il faudra un jour trouver un moyen de ratiboiser les dettes publiques. On croyait avoir fait le marché intérieur avec Jacques Delors ? Tout est à refaire avec l'émergence du numérique. On arrivera peut-être à juguler les migrants. Mais ce n'est rien par rapport à ce qui nous attend. En 2050, l'Afrique sera deux fois plus peuplée que la Chine.

Longtemps on a vécu sur le mythe que l'Europe serait achevée. L'exemple le plus cocace est celui de Valéry Giscard d'Estaing qui estimait que la Constitution européenne était là pour durer cinquante ans.

Au fond, ce n'est pas que l'Europe n'avance pas. C'est que la cible sans cesse bouge et s'éloigne. Elle s'appelle l'Histoire.

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