La guerre s’invite dans le cyberespace. Ce n’est plus du tout de la science fiction, mais bien déjà une réalité concrète et la semaine qui vient de s’écouler en offre la preuve.

Vladimir Poutine à un congrès moscovite, octobre 2016
Vladimir Poutine à un congrès moscovite, octobre 2016 © Reuters / POOL New

Il y a dans le fond de l’air, comme un retour de balancier, comme un retour de l’Histoire, version boomerang. Le bruit de la guerre revient, de plus en plus perceptible.

Seuls une douzaine de pays dans la monde vivent aujourd’hui totalement en paix, sans conflits armés petits ou grands, ni actes de terrorisme. Une douzaine, ce n’est pas beaucoup.

Jamais la sentence de Clausewitz, ce grand théoricien militaire, n’a paru si profonde :

La guerre n’est rien d’autres que la continuation de la politique par d’autres moyens.

Et aujourd’hui, la guerre s’invite dans le cyberespace. Ce n’est plus du tout de la science fiction, mais bien déjà une réalité concrète et la semaine qui vient de s’écouler en offre la démonstration la plus éclatante.

Aux Etats-Unis, l’administration Obama, par la voix de son directeur du renseignement national et de celle du département de la sécurité intérieur, vient d’accuser un Etat, la Russie, « d’interférer dans le processus électoral américain ».

Pour les experts, cette accusation au parfum de guerre froide, à trois semaines de l’élection présidentielle, constitue un véritable tournant. Depuis des semaines, la Russie est suspectée d’orchestrer une série de piratages visant le cœur de la machine démocratique américaine. Ainsi, le réseau du Comité national démocrate, la structure du parti chargée d’organiser les élections pour l’investiture, a été pénétrée par au moins deux groupes de pirates. Et comme par miracle, des milliers de courriels internes au parti, se sont retrouvés peu après sur la toile.

Les services américains sont formels :

Seuls les plus hauts responsables russes ont pu autoriser ces actions

Ils visent deux groupes précis, dont l’un se fait appeler « Cozy Bear », « Ours douillet », ça ne s’invente pas, et ce même groupe avait déjà été accusé d’avoir pénétré les réseaux de la maison Blanche et du Pentagone.

Depuis, plusieurs Etats américains ont été eux aussi victimes de piratages et de tentatives d’intrusion visant leurs systèmes électoraux. Et à chaque fois, après une enquête minutieuse, les enquêteurs américains ont remonté la piste et sont tombés sur des groupes liés aux services secrets russes. Indice supplémentaire : les Américains ont découvert que ces mêmes groupes s’en étaient aussi pris à l’Ukraine, à l’OTAN, et tiens, à des opposants anti-Poutine… Bref, c’est signé Furax. Comme c’est bizarre…

Est-ce un héritage de l’Union soviétique qui avait toujours su produire quantité de scientifiques et d’ingénieurs brillants ? (il faut rappeler que la Russie est l’un des pays les plus les plus actifs et les plus compétents en matière d’espionnage informatique).

Quel intérêt pour la Russie ?

Les experts interrogés par notre spécialiste Martin Untersinger, expliquent :

Les cyberattaques font partie d’une campagne très politique pour instiller le doute et la confusion dans les esprits des américains sur la fiabilité de leurs institutions, de leur système démocratique, sur l’honnêteté de leurs élites, bref pour perturber pour déstabiliser la machine politique américaine.

Comment riposter, c’est dès lors la question qui agitent aujourd’hui l’administration américaine.

Jusqu’à présent, elle s’en tenait à une stratégie simple : « Name and shame », "dire et dénoncer", mais d’autres options sont sur la table, comme de nouvelles sanctions financières. Mais l’administration américaine n’a que peu d’intérêts à provoquer un affrontement incontrôlé dans le cyberespace, compte tenu aujourd’hui de son importance dans l’économie des Etats-Unis.

On le voit dans cet exemple précis, Vladimir Poutine constitue un défi majeur et inégalé dans sa complexité pour les démocraties occidentales. On a décidément bien du mal à comprendre ceux qui en France, comme ailleurs aussi en Europe, trouvent encore un certain charme à l’autocrate sans vergognes du Kremlin.

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