Que les connaisseurs appellent « Nollywood », un mot valise composé du « N » de Nigeria et de Hollywood, un peu comme l'on dit Bollywood pour le cinéma indien en prenant le B de « Bombay », la ville où sont produits l'essentiel des films en hindi. Nollywood donc, et ses 2 500 productions cinématographiques annuelles. Je rappelle que la France est de loin le premier producteur de films en Europe avec en moyenne 250 films produits, c'est à dire 10 fois moins que le Nigeria. Ce chiffre de 2 500 productions annuelles est d'autant plus remarquable qu'il n'y a pratiquement pas de salles de cinéma au Nigeria. Autrement dit, ces films sont uniquement distribués en DVD ou simplement par les télévisions africaines. En 15 ans, l'industrie nollywoodienne a explosé : en 2002, il se produisait 400 films nollywoodiens pour un total de 45M$ de recettes. Aujourd'hui c'est 600M$ avec près d'1M de Nigérians employés. Nollywood est le deuxième employeur du pays après l'agriculture.

Reste qu'aucun de ces films n'a encore gagné quoi que ce soit dans des festivals de cinéma internationaux... Les festivals et les prix, c'est pour le cinéma africain francophone, généralement subventionné par la France. Sauf que personne en Afrique, ne voit ces films, certes magnifiques, mais au fond taillés sur mesure pour le public international. Les Africains, eux, regardent les films nigérians, y compris en Afrique francophone où depuis 2012, une chaîne de télé spécialisée, Nollywood TV, les diffusent doublés en français. Et on les regarde absolument partout. De l'Afrique du Sud à la Tanzanie en passant par la République démocratique du Congo ou même l'Angola, traduits en portugais cette fois, les films de Nollywood ont envahi l'espace public et l'imaginaire de centaines de millions d'Africains. On se coiffe, on s'habille comme les actrices nollywoodiennes qui sont immensément populaires dans toute l'Afrique. On danse et on chante comme dans les films de Nollywood, popularisant la musique nigériane. Même les prières sont nollywoodiennes... Parce que le Nigéria est un des pays africains où les Eglises évangéliques ont le plus de succès. Or les pasteurs nigérians ont vite compris l'intérêt de produire des films à la gloire de leurs églises. Ils les exportent dans toute l'Afrique... La principale qualité de ces films, en fait, ce n'est pas leur facture – ils coûtent moins de 25 000$ à produire et sont tournés en 10 jours maximum – mais leurs thèmes. Des histoires d'amour, de la sorcellerie, des conflits familiaux entre villes et villages. Pas de politique, pas de nus, des blancs uniquement pour incarner des personnages maléfiques et des histoires, encore des histoires, toujours des histoires. Nollywood a même sa capitale : Asaba, dans le sud-est du pays. Loin, très loin de Boko Haram.

Enfin, le succès du cinéma nigérian est en train de susciter des vocations dans toute la région : la Zambie commence même à s'y mettre avec des films « style » Nollywood mais pour deux fois moins cher. Autrement dit, bientôt Zollywood !

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