Ce n'est pas parce qu'on est jeune, de centre gauche, qu'on porte un blue jeans et qu'on a l'air sympa qu'on est un bon premier ministre pro-européen. C'est ce qui arrive à l'Italien Matteo Renzi. Le président du Conseil se livre à du Bruxelles bashing incessant : « Il est fini le temps où quelqu'un pouvait imaginer télécommander l'Italie depuis Bruxelles. Nous ne pouvons plus continuer de vivre dans une situation subalterne vis à vis de l'Europe et de l'Allemagne. Nous avons accompli nos réformes et nous demandons à tous le respect ». Respect oui, mais celà n'empêche pas d'avoir de graves inquiétudes.

L'Italie a fait des réformes, notamment sur le marché du travail. Mais elle est endettée à hauteur de 135 % du PIB. Elle est en fait un collosse aux pieds d'argile. Si l'Italie fait faillite, c'est toute l'Europe qui fera faillite. La Grèce n'aura été qu'une bagatelle. Le problème, c'est que son premier ministre ne veut plus faire d'austérité. Il a ainsi demandé des marges de manœuvres supplémentaires sur son budget. Il invoque l'accueil des 180 000 migrants pour laisser dériver ses finances. Surtout, ces revendications montent alors que le système bancaire italien a fait preuve de très grande fragilité. Il supporte 200 milliards d’euros de créances douteuses. Avant Noël, quatre banques ont fait faillie et ont dû être renflouées pour 3,6 milliards d'euros. Ces jours ci, c'est la banque Monte Paschi qui semble en perdition tandis que les valeurs bancaires italiennes s'effondrent. Elles s'effondrent tellement que le président de la Commission Jean-Claude Junker a dû préciser qu'il ne voyait « pas le risque d'une crise bancaire majeure en Italie ».

Le deuxième sujet de conflit,c e sont les migrants. L'Italie a longtemps été la première terre d'arrivée des migrants venus du sud et du Moyen-Orient. Elle est accusée de ne pas avoir pris les empreintes digitales des migrants qui arrivent sur son sol, comme elle devrait le faire. Elle les laisserait partir discrètement vers le nord de l'Europe. C'est en tout cas l'avis de la Commission et des autorités françaises. Faux, répond l'Italie, qui prétend prendre en photo 80 % des migrants. Elle contre-attaque en expliquant que les Européens ne tiennent pas leur engagement de répartir les migrants. 250 migrants, sur 40 000 seulement, ont quitté l'Italie indique notre confrère du Figaro. Furieux, Renzi refuse de verser son obole à la Turquie. Celle-ci doit recevoir 3 milliards d'euros pour installer des camps et aider les Syriens. L'Italie ne veut pas payer et demande à la Commission européenne de le faire. Dans ce contexte joyeux, Matteo Renzi a changé son ambassadeur auprès de l'Union européenne.

Et le troisième risque, c'est le populisme. On se souvient du post de blog mis par Renzi au lendemain du premier tour des régionales en France : «L'Europe doit changer….Sans une vision stratégique, surtout en thème d'économie et de croissance, les forces populistes vont gagner; tôt ou tard elles gagneront aussi dans les élections politiques nationales. Mais pas en Italie. En Italie, c'est nous qui gagnons, car les réformes donnent des fruits; la majorité des Italiens soutient ceux qui veulent changer, et pas seulement se plaindre ». Qu'il soit permis d'émettre quelques doutes. L'Italie sort de vingt ans de populoberlusconisme. Elle a deux mouvements populistes : à l'extrême-droite, la ligue du nord; à gauche, le mouvement cinq étoiles de Beppe Grillo, qui ne cesse de progresser dans les sondages.

Attention, l'Italie est en passe de devenir le maillon faible de l’Europe.

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