En Tunisie, où il se passe à nouveau un événement assez extraordinaire : témoignages de crimes d’Etat commis pendant 50 ans sur quatre chaînes télévisées

Les mères tunisiennes de victimes de torture montrent les portraits de leurs fils lors de leur audition devant la Commission Vérité et Dignité (IVD) à Tunis le 17 novembre 2016.
Les mères tunisiennes de victimes de torture montrent les portraits de leurs fils lors de leur audition devant la Commission Vérité et Dignité (IVD) à Tunis le 17 novembre 2016. © AFP / FETHI BELAID

Quatre chaînes de télévisions ont retransmis en direct jeudi et vendredi derniers deux soirées d’auditions et de témoignages bouleversants, édifiants, terribles, sur les réalités quotidiennes de la répression des longues années noires de la dictature, d’abord sous Bourguiba, de 1956 à 1987, puis sous Ben Ali, de 1987 à 2011.

L’événement était une grande première, près de six ans après la révolution de jasmin et la chute du régime, des hommes et des femmes ont donc raconté la prison, les tortures, l’humiliation : l’éther renversé sur les parties génitales, les viols, les entrailles déchirées, les aveux extorqués, les détails les plus intimes de leur calvaire.

Les victimes de la violence de l’Etat tunisien étaient ainsi invitées à s’exprimer par une autorité officielle, l’Instance Vérité Dignité, chargée de faire la lumière sur les crimes d’Etat commis pendant plus d’un demi siècle. Et le choc fut total pour plusieurs millions de téléspectateurs.

Car si la Tunisie a réussi la prouesse d’une transition vers la démocratie somme toute exemplaire, malgré quelques tumultes, les mémoires ne sont toujours pas réconciliées : mille histoires s’entremêlent entre ceux qui ont souffert dans leur chair, ceux qui ont détourné le regard, ceux qui ont fait partie d’une majorité silencieuse, ceux qui ont profité du régime et de ses passes droits. Ceux qui ont fermé les yeux aussi quand les victimes étaient des militants islamistes…

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