À chaque référendum son Iago ou son traître. On connaissait Laurent Fabius, qui avait appelé à voter non au référendum sur la Constitution européenne, contre la décision du PS, alors dirigé par François Hollande. Les plus anciens se souviennent de Giscard, qui a dit non « avec regret, mais certitude » au référendum de 1969, précipitant le départ du Général de Gaulle. David Cameron, lui, a droit à un coup de poignard du maire de Londres, Boris Johnson, qui votera pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne, et espère devenir à sa place Premier ministre.

La campagne pour le Brexit est lancée jusqu'au 23 juin. D'ici là, les supporters du "non" vont avancer quatre arguments, nous explique notre ami travailliste, blairiste et proeuropéen, Denis Mac Shane.

  • La suprématie du Parlement anglais, dans un pays qui n'a pas de constitution.

  • La reprise du contrôle des frontières alors que le Royaume-Uni accueillle deux millions d'Européens.

  • La fin des tracasseries prétendument inventées par Bruxelles.

  • La fin du pouvoir des juges des cours européennes.

Bref, un discours complètement souverainiste.

Les partisans du "oui" vont tenir un discours économico-stratégique de partisans de l'UE :

  • Oui à l'accès au grand marché.

  • Oui aux investissements étrangers qui font vivre le Royaume-Uni.

  • Ne prêtons pas le flanc à nos ennemis, Poutine et l’État islamique alors que l'Europe est attaquée.

  • Nous avons obtenu un statut spécial.

Franchement, on prédit la victoire du Brexit. Cameron est un faux converti à l'Europe et les Anglais ne seront pas dupes. Les diplomates anglais veulent nous rassurer : les sujets de Sa majesté sont plus rationnels que les continentaux trop émotionnels et voteront "oui".

Je n'y crois pas un instant, même si je me suis déjà trompé sur le résultat du référendum grec. Les Grecs qui ont soutenu massivement Tsipras. Mais, je ne me suis par trompé sur la conséquence : la Grèce s'est pliée aux exigences de ses créanciers européens car elle voulait rester dans l'euro. Ce n'est pas Mélenchon qui me contredira. En revanche, avec les Anglais, le résultat n'a pas d'importance : à tous les coups l'on perd. Si les Anglais votent non, l'Europe va entrer dans deux ans, minimum, de négociations interminables. Les Britanniques vont demander à rester à la Commission, à fixer les normes, à avoir accès au marché intérieur. Bref, à peine sortis, il voudront rerentrer. À leurs conditions. S'ils votent "oui", il faudra mettre en œuvre l'accord de Bruxelles et les concessions promises. Bien malin qui sait quelle est la valeur juridique de l'accord signé vendredi. Le Parlement Européen, la Cour de justice de Luxembourg devront valider, ou non, toutes ces mesures discriminatoires contre les travailleurs d'Europe de l'Est mais aussi français. Au nom de quoi nos eurodéputés voteraient-ils pour ?

Les bons référendums, c'est quand il y a une question claire, et qui ne concerne que le peuple concerné. Cela vaut pour l'adhésion à l'Europe ou à l'euro. Les pays de l'Est ont tous voté "oui" en 2004, la Suède avait voté "non" à la monnaie unique en 2003. Cela ne trouble personne. Le référendum de Maastricht était légitime ; car à l'époque, l'euro était d'abord une affaire franco-allemande, et il était logique d'avoir un veto des deux pays.

Le reférendum, c'est démocratique, s'il y a un peuple. En Europe, il y a au moins 28 peuples et le référendum, c'est souvent la prise en otage des 27 autres. On l'a vu avec les Grecs et je le crains avec les Anglais.

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