C'était au Caire, le 25 janvier, cinq ans pile après le début des manifestations de la place Tahrir, qui provoquèrent la chute du régime d'Hosni Moubarak. L'étudiant italien, Giulio Regeni, 28 ans, qui prépare une thèse sur les mouvements syndicaux égyptiens, sort dans la ville quadrillée par la police. On ne le reverra jamais vivant. Son corps est retrouvé, le 3 février, sur le bas côté d'une route de banlieue du Caire. La police parle d'un accident. En réalité, tout indique que le doctorant de l'université de Cambridge a été assassiné par la police égyptienne. Brûlures de cigarettes autour des yeux, coups de couteaux, fracture du cou : le jeune Italien a subi le sort des victimes de tortures en détention. « Giulio Regeni a été torturé parce qu'ils pensaient qu'il était un espion », écrit La Repubblica . En effet. l'Egypte connaît une dérive paranoïaque et le retour d'un « État policier », Etat policier pire que sous le régime de Moubarak. En 2015, 474 personnes ont été tuées par la police en 2015 -dont 137 en détention- et 676 autres torturées.

Et tout cela est l'oeuvre du général Sissi, qui n'a rien à envier à Hosni Moubarak. Le problème des dictateurs éclairés, c'est qu'ils ne restent pas longtemps éclairés. L'affaire a commencé par le coup d’État du général Sissi : en juillet 2013, il renverse le président élu, Mohammed Morsi, issu des Frères musulmans. A l'époque, l'Egypte sombre dans le chaos et l'islamisation à marche forcée. On n'est pas mécontent de ce putsch. La répression est féroce : plus de 800 manifestants islamistes tués en août 2013, traque des Frères musulmans, condamnations à mort prononcées par centaines. Un an plus tard, une élection présidentielle est organisée et le maréchal devient président Sissi. La « normalisation » aurait pu s'arrêter là. Il n'en est rien. Le régime de Sissi ressemble de plus en plus à celui de Pinochtet. Avec en plus une guerre à mener au Sinaï.

Réaction de la société civile : le syndicat des médecins proteste contre la détention abusive de confrères ayant refusé de signer un faux rapport médical cachant des tortures; des députés ont demandé la démission du ministre de l'intérieur. Le président Sissi a dû dénoncer les « actes irresponsables commis par certains membres des forces de police ». Il n'empêche, le régime est devenu totalitaire.

Les Européens soutiennent Sissi, parce que l'alternative était un Etat islamique. Nous soutenons Sissi, parce qu'il nous achète des Rafales avec l'argent des Saoudiens. Nous soutenons Sissi parce que nous avons besoin de lui pour lutter contre le chaos syrien. Mais sa stratégie est suicidaire. Les Occidentaux ne pourront pas fermer les yeux éternellement. Or, l'Egypte a besoin de nous économiquement : pour faire revenir les touristes, pour financer ses investissements, et pour exploiter les gisements de gaz récement découverts.

Faute de se réformer, le régime de Sissi risque de suivre le destin d'un autre dictateur, celui du Shah d'Iran en 1979.

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