Le 25 juillet 2018, Marie Laguerre publie une vidéo de son agression par un homme dans la rue sur Facebook. Très vite, la jeune femme croule sous les commentaires et voit le nombre de vues s’envoler jusqu’à dépasser le million. Elle devient pour les médias une porte-parole des femmes, un symbole du harcèlement de rue.

Marie Laguerre devenue du jour au lendemain une icône féministe et une porte-parole pour les autres femmes
Marie Laguerre devenue du jour au lendemain une icône féministe et une porte-parole pour les autres femmes © AFP / Alain Jocard

Il y a tout juste un an, au beau milieu de l’été,  le 25 juillet 2018, Marie Laguerre, une étudiante en architecture de 22 ans, poste ce message sur Facebook. Il est accompagné d’une vidéo de la scène, capturée la veille par des caméras de surveillance d’un café. 

Ce texte était en fait ma façon de transmettre en fait cette colère, ce ras le bol, surtout de sensibiliser sur la situation c'est-à-dire de dire « bon maintenant ça suffit, enfin, trop longtemps des féministes, des femmes sans être féministes disent qu'elles subissent des violences, et trop longtemps en fait on nous a pas crues, on a minimisé.” 

Quand elle publie son message, il est tard, c’est l’été, les réseaux sociaux somnolent… Et pourtant, au fil des heures, les compteurs s’affolent : sa vidéo dépasse vite le cap du million de vues.Parmi les personnes qui contactent Marie sur les réseaux sociaux, il y a de nombreux journalistes, intrigués par l’engouement autour de sa publication. Un espace médiatique s’ouvre pour la jeune-femme qui décide de l’occuper, comme l'explique Hélène Guinhut, journaliste spécialiste des questions féministes. 

Ce qu'il faut comprendre à propos de Marie Laguerre, évidemment c’est une militante c’est à dire que l’emballement médiatique, les réseaux sociaux nous font, pourraient nous faire croire qu’elle arrive là, qu’elle se promène dans la rue elle dit ta-gueule à un agresseur, elle se fait frapper, la vidéo circule là tout d’un coup elle est porte-parole d’une cause. Mais pas du tout, en fait Marie Laguerre, ça fait des années, qu’elle est militante…

Neuf mois plus tôt, à l’automne 2017, d’autres femmes avaient déjà témoigné grâce aux hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc. 

Marie Laguerre n’est pas la première à utiliser le web pour dénoncer les comportements abusifs et sexistes d’hommes, que ce soit dans la rue, au travail ou dans des espaces privés. Mais témoigner, c’est aussi s’exposer aux regards des autres, aux critiques, et elle va le découvrir, au cyberharcèlement. 

Après la médiatisation de son affaire, l’étudiante reçoit de nombreux messages et commentaires malveillants, des insultes, des menaces de mort et de viol. Comment une étudiante anonyme peut-elle devenir du jour au lendemain une icône féministe et une porte-parole pour les autres femmes ? Comment a-t-elle géré ce nouveau statut? 

Intervenant

  • Hélène Guinhut, journaliste indépendante spécialiste du féminisme.

Pour aller plus loin

Une création originale

►► Effet Domino a été l'un des lauréats de l'appel à projet "Ma vie sur les réseaux sociaux" lancé par l'atelier de l'audiovisuel public. Ces podcasts, comme les films qui sortiront prochainement, ont été coproduits par Arte France, France Télévisions, France Médias Monde, l'INA, Radio France et TV5 Monde.

Prologue

Chaque jour, sur les réseaux sociaux, des millions de personnes likent, commentent, retweetent des posts d’inconnus. Des actions apparemment anodines qui propulsent certains profils dans la lumière numérique et médiatique. Mais que deviennent ces profils qui ont émergé sur les réseaux puis dans les médias traditionnels ? Quels impacts ces messages ont-ils eu sur leurs auteurs comme sur la société, le pays, la ville où ils furent émis ?

5 min

L'effet Domino : Le prologue

Par France Inter

Equipe de production

  • Réalisation : Guillaume Girault.
  • Coproduction : Coopdoc et Kino.
  • Equipe technique : Philippe Rouault, David Picard, Valentin Barrault.
  • Chargé de production : Yoann Dhenin.
  • Stagiaire : Sofiane Fayed. 
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.