En avril 2014, de jeunes iraniens tournent et publient sur YouTube un clip, reprise du tube “Happy” de Pharell Williams. Ils y dansent, maquillés, déguisés, les femmes non voilées. Ces trois minutes de liberté leur valent un séjour dans les geôles iraniennes mais suscitent une mobilisation internationale inédite.

Une jeunesse iranienne sous les feux de la cyberpolice
Une jeunesse iranienne sous les feux de la cyberpolice © Getty / picture alliance / Contributeur

Au printemps 2014, un refrain entêtant résonne sur les réseaux sociaux… Quelques mois après la sortie de Happy, le tube de Pharrel Williams est de retour dans l’actualité à travers une reprise du clip venue d’Iran.

Dans la vidéo, tournée sur les toits d’un immeuble de Téhéran, des jeunes gens dansent, chantent et s’amusent. Les hommes sont grimés. Les femmes ont les cheveux découverts. Parmi elles, Reihane Taravati.

Nous étions jeunes et nous voulions montrer au monde que nous étions à la page, que nous aimions Pharrel Williams, et que nous dansions nous aussi sur cette chanson en Iran comme le reste du monde.

Sauf que l’Iran n’est pas un pays comme les autres. En République Islamique, il est interdit d’écouter de la musique occidentale, de danser, de se présenter sans voile en public. Le régime bloque depuis 2009, Facebook, Twitter et consors, mais tout le monde sait comment contourner la censure. En 24 heures, le clip de Reihane et de ses amis est vu plus de 10 000 fois. Un succès inattendu qui pousse les jeunes sous les radars des autorités iraniennes.

Le 18 mai, un mois après la publication du clip, une trentaine de membres de la cyberpolice iranienne font irruption dans l’appartement de Reihane. Elle et ses amis sont arrêtés. 

Des soutiens du monde entier

Le 20 mai, l’information de leur arrestation est diffusée. Sur les réseaux sociaux, dans toutes les langues, des gens s'indignent et demandent leur libération. Même Pharrel Williams apporte son soutien aux inculpés sur twitter. 

Le lendemain, de façon inattendue, c’est le président Hassan Rohani en personne qui utilise ce réseau social pour s’exprimer.

Les 6 jeunes sont finalement condamnés en septembre 2014 pour diffusion illégale d’un film et relation illicite, à un an de prison et 90 coups de fouet, le tout avec sursis.

Les durs du régime ont voulu faire de ces jeunes un exemple pour dissuader les jeunes iraniens, majoritaires dans le pays. 70% des iraniens aujourd’hui ont moins de 40 ans, et n'ont connu que la République Islamique et ils sont ultras connectés. Sauf que l’histoire a montré par la suite que cela n’a pas du tout servi d’exemple… (Armin Arefi, Journaliste au Point)

Après les 6 jeunes du clip de happy, d’autres iraniens seront arrêtés pour avoir pris trop de liberté sur les réseaux sociaux. 

Comment un clip vidéo innocent a-t-il poussé Reihane Taravati en prison? Qu'est-ce que son histoire révèle de l'utilisation des réseaux sociaux en République Islamique d'Iran? 

Intervenants

  • Reihane Taravati @Reihanet
  • Armin Arefi, journaliste au Point. Auteur de Un printemps à Téhéran, La vraie vie en République Islamique, publié chez Plon en février 2019.

Une création originale

►► Effet Domino a été l'un des lauréats de l'appel à projet "Ma vie sur les réseaux sociaux" lancé par l'atelier de l'audiovisuel public. Ces podcasts, comme les films qui sortiront prochainement, ont été coproduits par Arte France, France Télévisions, France Médias Monde, l'INA, Radio France et TV5 Monde.

Prologue

Chaque jour, sur les réseaux sociaux, des millions de personnes likent, commentent, retweetent des posts d’inconnus. Des actions apparemment anodines qui propulsent certains profils dans la lumière numérique et médiatique. Mais que deviennent ces profils qui ont émergé sur les réseaux puis dans les médias traditionnels ? Quels impacts ces messages ont-ils eu sur leurs auteurs comme sur la société, le pays, la ville où ils furent émis ?

5 min

L'effet Domino : Le prologue

Par France Inter

Equipe de production

  • Réalisation : Guillaume Girault.
  • Coproduction : Coopdoc et Kino.
  • Equipe technique : Philippe Rouault, David Picard, Valentin Barrault.
  • Chargé de production : Yoann Dhenin.
  • Stagiaire : Sofiane Fayed. 

Remerciements

Michael, Benoit, Malo, Caroline, Myriam, Juliette, Alexis, Astrid, Adèle, Gauthier, Massinissa, Bastien.

L'équipe
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