Quelques heures après l’attaque terroriste contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, un directeur artistique, Joachim Roncin, crée et poste le logo “je suis Charlie” pour exprimer son désarroi. Immédiatement repris, le slogan devient un symbole de l’événement mais suscite aussi un débat autour de la liberté d'expression.

Marche républicaine, le 11 janvier 2015, Paris
Marche républicaine, le 11 janvier 2015, Paris © Getty / Maud DELAFLOTTE / Contributeur

Le 7 janvier 2015, Joachim Roncin, est en pleine conférence de rédaction au magazine Stylist lorsque l’un de ses collègues reçoit sur son téléphone la notification de l’attaque terroriste au siège de Charlie Hebdo. 

Face à son écran, sous le choc, il hésite à réagir. Joachim Roncin est directeur artistique. Alors, il télécharge le logo de Charlie Hebdo, écrit “Je suis Charlie” en lettres blanches sur un fond noir et poste l’image sur Twitter. C’est sa façon d’exprimer ce qu’il ressent à ce moment précis. 

Alors que sur les téléphones portables, les noms des victimes apparaissent les uns après les autres, le visuel de Joachim devient viral. Certains retweetent, impriment ou collent l’image en photo de profil. D’autres accompagnent leurs propres mots du hashtag #JeSuisCharlie. 

Le jour-même, l’agence France Presse contacte le directeur artistique puis publie un communiqué. À partir de là, son téléphone vibre sans cesse. En France comme à l’étranger, tous les journalistes veulent interviewer l’auteur de “Je suis Charlie”. 

J'ai refusé 90 % des demandes d'interviews et de médias parce que pour être tout à fait honnête c'était vraiment pas ma place. C’était indécent, je pense, de répondre. Il y avait pour moi un temps à la mémoire, au respect des victimes. Et puis aussi en tout cas dans la première semaine il y a eu quand même pas mal de rebondissements.

Durant cette semaine, "Je suis Charlie" domine les débats. Le 11 janvier, lors de la grande marche républicaine, aux côtés des 4 millions de personnes, le mot d’ordre est visible partout. Mais dans le même temps, un contre-slogan émerge : #Jenesuispascharlie. 

Au moment où le hashtag je suis Charlie apparaît sur Twitter et devient viral, on va avoir justement des prises de paroles qui vont émerger à contre-courant de cette émotion nationale et qui sont de différents types. On va d'abord avoir ceux qui vont se féliciter des attaques et qui vont utiliser des hashtag comme « Cheh », bien fait en arabe. Ou je suis Kouachi. On va avoir aussi un autre type de réaction qui est la diffusion de théories complotistes. Et puis celles et ceux qui vont aussi dire : « je condamne les attentats, mais je ne me sens pas Charlie et j'ai envie de dire pourquoi je ne suis pas Charlie ». (Romain Badouard, chercheur à l'Université Paris 2)

Les mots de Joachim Roncin font naître un débat autour de la liberté d’expression et révèlent une fracture au sein de la société française. 

Comment Joachim Roncin a-t-il créé un slogan qui a permis aux Français de se rassembler dans un moment tragique ? Comment a-t-il géré cette soudaine mise en lumière ? 

Intervenants

  • Joachim Roncin
  • Romain Badouard, Maître de conférences à l'Université Assas-Paris 2, auteur de Le désenchantement de l'Internet. Désinformation, rumeur et propagande, publié chez Fyp en 2017.

Une création originale

►► Effet Domino a été l'un des lauréats de l'appel à projet "Ma vie sur les réseaux sociaux" lancé par l'atelier de l'audiovisuel public. Ces podcasts, comme les films qui sortiront prochainement, ont été coproduits par Arte France, France Télévisions, France Médias Monde, l'INA, Radio France et TV5 Monde.

Prologue

Chaque jour, sur les réseaux sociaux, des millions de personnes likent, commentent, retweetent des posts d’inconnus. Des actions apparemment anodines qui propulsent certains profils dans la lumière numérique et médiatique. Mais que deviennent ces profils qui ont émergé sur les réseaux puis dans les médias traditionnels ? Quels impacts ces messages ont-ils eu sur leurs auteurs comme sur la société, le pays, la ville où ils furent émis ?

5 min

L'effet Domino : Le prologue

Par France Inter

Equipe de production

  • Réalisation : Guillaume Girault.
  • Co-production : Coopdoc et Kino.
  • Equipe technique : Philippe Rouault, David Picard, Valentin Barrault.
  • Chargé de production : Yoann Dhenin.
  • Stagiaire : Sofiane Fayed. 
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