Depuis 1966, la franchise Star Trek ne cesse de penser la géopolitique mondiale la tête dans les étoiles. Du Classic des sixties au Picard de 2020, quel miroir nous tend Star Trek ?

Uhura (Nichelle Nichols), le Dr McCoy (DeForest Kelley), le Capitaine Kirk (William Shatner), Mr Spock (Leonard Nimoy) et Chekov (Walter Koenig) dans l'épisode 10 "Journey to Babel" de la saison 2 de "Star Trek"
Uhura (Nichelle Nichols), le Dr McCoy (DeForest Kelley), le Capitaine Kirk (William Shatner), Mr Spock (Leonard Nimoy) et Chekov (Walter Koenig) dans l'épisode 10 "Journey to Babel" de la saison 2 de "Star Trek" © Getty / CBS Photo Archive

Dans l'épisode précédent des chroniques séries, il était question de la vision politique de l'œuvre originale... L’épisode 65 de Star Trek Classic par exemple, diffusé en novembre 1968 restera dans l’histoire de la télé comme une référence. Si Leonard Nimoy alias Spock chantait avec sa voix de crooner vulcain sur une planète qui ressemblait plus à Platon et la Grèce antique qu'à Pluton, le capitaine Kirk y embrassait surtout Uhura. Premier baiser sur la bouche entre un homme blanc et une femme noire dont a beaucoup parlé. 

On a d'ailleurs, au-delà de cette scène mythique, beaucoup écrit pour expliquer à quel point Star Trek épousait en pleine guerre du Vietnam et luttes pour les droits civiques, une vision progressiste, pacifique et multiculturelle. Dans l'Enterprise, ce vaisseau de la fédération des planètes (sorte d’État-Unis intergalactique), on ne cherche pas à rentrer en conflit mais plutôt à comprendre l’autre. L’équipage est multi-ethnique - ce qui est encore assez rare dans une série des années 60 - et colle à l'esprit peace & love de la fin de cette décennie.     

Quand la série revient en 1987 à la télévision après avoir infiltré le monde du cinéma, un nouvel équipage débarque dirigée par Jean-Luc Picard. Dans cette nouvelle saga, la vision originelle est non seulement sauvegardée et la dimension scientifique du voyage intergalactique est consolidée. En remplaçant l’américain Kirk par le français Picard et en faisant du vaisseau, un lieu d’accueil et de diplomatie, Star Trek : The Next Generation porte une vision du monde beaucoup moins américano-centrée. 

Il faut dire qu’en pleine période de dégel entre l’Est et l’Ouest, de world music et de chanteurs sans frontières, une sorte d'âge d’or des Nations Unis, comme l’analyse fort bien l’écrivain et fin connaisseur des séries, Martin Winckler, le nouvel Enterprise dans Star Trek : The Next Generation se présente comme une sorte de « version spatiale de l’ONU ». En 1991, l’éclatement de l’ère soviétique et la guerre en Yougoslavie, le rêve des Etats-Unis-intergalactique vrille, cela donne Star Trek : Deep Space Nine, une version plus sombre ou maintenir la paix et l’union est difficile. On comprend mieux pourquoi un peu plus tard dans Star Trek Voyager, on propulse par accident un équipage au fin fond de la galaxie dans des zones inexplorées comme pour mieux s’éloigner du bordel ambiant et tenter de se ressouder.

Après le 11 septembre et les guerres contre le terrorisme, il est intéressant de voir comment les séries Star Trek à travers Enterprise, Discovery et désormais Picard questionnent plus encore notre humanité très conflictuelle. Moins utopique forcément, plus sombre, donc, à l’image des évolutions du monde et des peurs humaines. Redécouvrez donc Star Trek ou l’effet miroir de 54 années de géopolitiques et de bouleversements planétaires.

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