Le 3 juin 2001, HBO lançait Six Feet Under ou comment la chaine câblée démontrait, dix ans avant GoT, qu'elle pouvait en partant des codes du classique drama familial raconter avec plus de justesse la vie d'une famille wasp américaine progressiste dans laquelle les téléspectateurs allaient sans doute se reconnaitre.

"Six feet under" série télévisée créée par Alan Ball et diffusée en 2001.
"Six feet under" série télévisée créée par Alan Ball et diffusée en 2001. © AFP / ARCHIVES DU 7EME ART / PHOTO12

La série de deux Alan, Alan Ball et Alan Poul, Six Feet Under, fête cette semaine ses 20 printemps. Et oui déjà, 20 ans. 

Le 3 juin 2001, le chaine HBO après avoir lancé avec succès sa série sur la série familiale dysfonctionnelle du New Jersey, Les Soprano, enfonçait le clou avec les Fisher, pauvres pêcheurs, de Six feet under, une série qui allait s’amuser à renverser les codes de la série familiale classique américaine.

Les Fisher sont à la tête, non pas d’un empire financier comme les Ewing dans Dallas ou d’une grande propriété terrienne comme les Barkley dans la Grande Vallée mais d’une entreprise de pompes funèbres. En revanche, comme les deux séries précédemment évoquées, l’absence du père, la place des frères que tout opposent, la jeune sœur, un peu sur le côté ou la mère qui doit apprendre à s’imposer face à ses enfants ... les créateurs de Six Feet Under s’amusent à reprendre des codes et des situations déjà vues dans le drama familial des networks américains comme la traditionnelle mort du père et en glissant même de vrai fausse pub entre chaque acte de l’épisode pilote. Je rappelle que HBO est une chaine sans publicité.

En faisant ces choix, les auteurs proposent un pacte intelligent avec le spectateur qui comprend très vite que l’histoire des membres de la famille Fisher va tendre un miroir sur la représentation de la famille à la télévision et un second plus intime sur la vie de chacun. 

Tout le monde peut se reconnaître chez les Fisher, parce que tout le monde sera un jour confronté à la mort d’un parent ou d’un proche. 

La mort d’un personnage dans une série, ce n’est jamais anodin, qui plus est quand il advient, comme ici dès le premier épisode. L’événement en question, la mort du père de famille, Nathaniel, dans un accident e voiture, dans son corbillard, créé, au-delà de la dimension tragi-comique, un premier conflit qui permet de lancer le récit. 

À partir de là, chaque membre de la famille, un peu endormi dans sa vie sans rebondissement, va être poussé à se questionner sur son sort et à reprendre goût à la vie … Il n’y a pas plus universel.

Mais ce que cette série apporte de plus, par rapport à bien d’autres productions, c’est que chaque personnage, effet miroir démultiplié, renvoi une image à tout le monde. 

Ruth, l’épouse plus ou moins délaissée, cantonnée à la gestion de sa cuisine, David, qui cache son homosexualité, Nate qui refuse toute vie rangée ou encore Claire, l’adolescente qui est mal dans sa peau. Seniors, adultes, adolescents, chacun, confronté à la mort, va devoir repenser sa place dans la famille et au passage dans une société qui se rêve toujours trop aseptisée.  *

Six feet under dans une écriture sobre et une mise en scène jamais glauque réussit le tour de force de changer l’image de la série familiale américaine, elle aussi, parfois un peu trop lisse. 

Le série est rediffusée sur OCS à l’occasion de ses 20 ans, une série qu'il faut aussi voir ou revoir  comme un des premiers documents fictifs sur le craquèlement, les fissures, les fêlures et les névroses d’une famille W.A.S.P américaine progressiste, une thématique reprise depuis de nombreuses fois.

En sortant du carcan imposé de l’image de la traditionnelle sainte famille télévisuelle, Six feet under aura enfin démontré qu’en attendant la mort, il vaut mieux vivre en s’acceptant soi-même avec ou sans ses paradoxes dans un monde moins cadré et accepter aussi le déséquilibre ... Les pieds sur terre.

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