Au moment où des marins rentrent à bon port et font la une des actualités et que le monde agricole – privé de salon parisien reste sur ses terres – les séries de Hervé Baslé mériteraient d’être revues pour le regard porté avec finesse sur les "gens de peu", entre terre et mer.

Herve Baslé pendant la cérémonie des 7 d'Or, le 30 mars 1998, récompensé de plusieurs prix pour la série "Entre Terre et Mer".
Herve Baslé pendant la cérémonie des 7 d'Or, le 30 mars 1998, récompensé de plusieurs prix pour la série "Entre Terre et Mer". © AFP / Joël Saget

Après ma petite sélection d’aventuriers des mers, la semaine dernière, retour ce samedi sur un créateur de séries qui a su mettre à l’honneur des marins à la télévision française.  Et à la fin des années 90, au moment où la télévision française se désintéressait de plus en plus du monde paysan, c’est par l’histoire des terre-neuvas, pêcheurs bretons qui en 1900 quittent leurs familles, leurs fermes et leurs terres pour partir à la pêche au large de Terre-Neuve que la télévision en série retrouve le goût du large …  dans Entre terre et mer.

Récompensée à l’époque par trois 7 d’or – et à l’époque ces prix avaient encore une valeur – cette série en six épisodes de 90 minutes redonnaient une stature héroïque à des marins qui n’étaient pas des aventuriers, juste des hommes qui partaient jusqu’au large de Saint-Pierre-et-Miquelon pour gagner leur vie par la pêche et le commerce de la morue. Pendant leur long voyage en mer où les hommes risquaient de ne jamais rentrer, les femmes, elles tenaient la ferme à flot avec l’aide d’ouvriers agricoles venues du fin fond des terres. 

Pour écrire cette histoire, un expert en la matière, le scénariste et réalisateur, Hervé Baslé, malouin et petit-fils de terre-neuvas, lui-même, connaissait très bien cette histoire. Un créateur de télévision pudique qui n’aimait pas la vie de salon préférant les embruns de la côte d’émeraude. Ceci explique sans doute pourquoi, sa mort, en novembre dernier, est passée quasi inaperçu, à quelques petites nécrologies près. 

Hervé Baslé qui savait filmer les somptueux paysages de Bretagne comme de Saint-Pierre-et-Miquelon, aimait aussi capter les visages de ces petites gens interprétés par Roland Blanche, Didier Bienaimé ou Bernard Fresson en mer ou Anne Jacquemin, Marina Golovine ou Michele Gleizer sur terre. Un très beau travail sur la photographie qui rend d’ailleurs la série, presque 25 ans après, toujours d’une grande beauté. 

Hervé Baslé dans Entre Terre et mer savait aussi écrire avec beaucoup de justesse la douleur de ceux qui ne voyait pas revenir de la grande traversée en voilier, leur fils ou leur fiancé pris par la mer, en pleine tempête.

Au moment où des marins rentrent à bon port et font la Une des actualités et que le monde agricole – privé de salon parisien - reste à terre, les séries de Hervé Baslé mériteraient d’être revues tant pour la qualité des scénarios et la douceur des dialogues que pour la mise en scène, sobre et classique.

Des ouvriers de Longwy dans Le Cri aux paysans bretons du Champ dolent ou des pêcheurs d’Entre terre et mer, Hervé Baslé n’a eu de cesse tout au long de sa carrière de rendre visible les gens d’un monde dont il était issu. 

Pas étonnant pour celui qui a débuté comme réalisateur d’une série documentaire de Pierre Dumayet intitulée Histoires de gens où des historiens racontaient la vie quotidienne afin de s’opposer à une vision de l’histoire dictée par l’événement et la vie des puissants. 

Petit-fils de paysan et pêcheurs, Hervé Baslé, chrétien devenu avec le temps assez critique envers l’église catholique, ex-membre de la CGT éloigné de la vie syndicale, il n’a jamais coupé en revanche avec le monde des petits travailleurs, comme il l’avait déclaré à La Croix il y a une quinzaine d’années, les « sans grade » ou « gens de peu » (…) « Je ne sais jamais comment les appeler » disait-il avant d’ajouter « lorsque j'écris les scénarios, j'éprouve toujours un grand attachement pour les personnes auxquelles je donne vie. Je partage leur existence de papier et je sors toujours épuisé de ces expériences et il m'arrive de pleurer sur un mot ou sur une scène.»

Et le téléspectateur, lui aussi, d’essuyer une larme. 

=> Retrouvez Benoît Lagane, avec ses gourmandises sérielles et cathodiques dans Faim de Séries tous les vendredis dans le 5/7 de Mathilde Munos sur France Inter

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