Retour sur une série de l'enfance plus militante qu'il n'y parait ... Zora la Rousse ou Rosa la Rouge ?

Vous ne le saviez peut-être pas mais quand on regardait, enfant, cette série en 13 épisodes dans Récré A2, plus qu’un Zorro au féminin, on suivait, sans le savoir, une œuvre qui portait en elle l’idée d’un communisme ou socialisme humaniste qui collait parfaitement au changement politique que bon nombre de français espéraient à l’époque. 

Quelques mois plus tard, alors que Mitterrand et sa clique du programme commun allaient envahir l’Élysée, les ministères et l’Assemblée, à la télé, en séries, il y avait donc Zora qui venait remplacer San Ku Kai que certains jugeaient trop violent … Effet miroir amusant, en 1981, à la télé on préférait la révolution selon Zora que la bataille … de San Ku Kai ! 

Mais que racontait la série Zora la Rousse

Les aventures d’une bande d’orphelins aux pieds nus sur les bords de la mer adriatique, dans un petit village portuaire croate. Une petite communauté d’enfants perdus qui chapardent ici et là pour mieux partager et vivre ensemble dirigée par Zora, clairement féministe. 

Pour infos, jusqu’en 2016, en Suisse, le Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes décernait chaque année un Prix Zora la rousse, pour récompenser les auteurs de projets pour l’enfance et la jeunesse traitant de l’égalité entre filles et garçons. 

Zora est fière d’accueillir au sein de sa petite communauté égalitaire, le jeune Branko, dont la mère, ouvrière vient de mourir. Et c’est elle qui fait visiter le château soumis au quatre vents où se cachent sa bande de rebelles … 

Une série adaptée d'un roman de l’écrivain Kurt Held qui donne à sa Zora, un faux air de Rosa, la révolutionnaire, Rosa la Rouge, Rosa Luxembourg.

Kurt Held, juif allemand communiste avait fui l’Allemagne nazi dans les années 30 pour se réfugier en Suisse. Et c’est là-bas qu’il publie en 1941 son roman « Zora la Rousse et sa bande » publié en France à l'école des loisirs. C’est d’ailleurs lors d'un voyage en Yougoslavie où l’écrivain rencontre de véritables enfants des rues, qu’il écrit ce roman afin de sensibiliser sur leur sort. Il ajoute dans son récit, son idéal communiste humaniste qui apparait assez clairement dans la série, dans le village, petits pécheurs, paysans et ouvriers prennent la défense des orphelins, forcément martyrisés par le riche et méchant Karaman.

Quand, 20 ans après la mort de Kurt Held, en 1979, son livre culte est adapté en 13 épisodes dans cette série coproduite par la télévision allemande, suisse et yougoslave, mais l’idéal communiste de Held n’est plus là. 

Quand le producteur Stevo Petrovic décide de se lancer dans l’aventure dans la Yougoslavie de Tito, ce n’est pas toujours simple, il dira d’ailleurs à propos de la série : « Les comédiens étaient Serbes, Croates ou Musulmans, mais à la fin des années 70, les tendances séparatistes commençaient à se sentir. Et, sous prétexte qu'un prêtre avait un rôle trop important, un représentant du ministère de la Culture yougoslave voulait même interdire le tournage...» 

Il n’en reste pas moins que, 40 ans après, Zora la Rousse et son générique - aux paroles pas si déconnectées que ça de l’esprit idéaliste révolutionnaire de l’œuvre - sont toujours dans les mémoires. Une série qui collait assez bien à l’esprit du printemps 1981.

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