L'Inspecteur Derrick diffusé et sans cesse rediffusé sur La 5 puis France 3 a sans doute faussé l’image que nous avons de la télévision et des séries allemandes. Commémoration de la chute du Mur de Berlin oblige, retour sur les effets miroir des polars télévisuel allemand.

"Inspecteur Derrick", une série télévisée allemande en 281 épisodes avec Horst Tappert.
"Inspecteur Derrick", une série télévisée allemande en 281 épisodes avec Horst Tappert. © AFP / ISTVAN BAJZAT / DPA / DPA PICTURE-ALLIANCE

C'est certain, Derrick a sans doute contribué à faire découvrir à la France entière que les allemands pouvaient aussi avaient avoir leurs flics grisonnants tendance marron / verdâtre et nous révéler à nous français que nous n’étions pas les seuls en Europe avec notre Maigret (version Jean Richard) à nous complaire dans la lenteur d’une enquête ... et d’une bière... et des sandwichs ! 

Pour autant, si Derrick a marqué la mémoire des téléspectateurs, cette série a sans doute faussé l’image que nous avons des séries allemandes beaucoup plus riches et complexes qu’on ne veut bien l’admettre. Une télévision germanique qui a toujours su regarder son pays.  

Et quand il est question de séries allemandes, il faudrait toujours avoir son Der Komissar Henri Larski, chercheur et enseignant à l’Université de Lorraine, à ses côtés pour nous aider à enquêter sur les séries d’outre-Rhin tant nous nous complaisons à les caricaturer un peu rapidement. 

Exemple : Savez-vous pour quelles raisons les polars allemands que nous voyons chez nous se déroulent essentiellement à Munich ? Tout simplement comme l'écrit le chercheur Henri Larski parce que cette ville "symbolise le passage d’une Allemagne du chaos passé à une Allemagne apaisée tournée vers l’avenir dans une relative continuité sans destruction ni reconstruction à l’inverse des autres grandes villes allemandes

Et c’est d'ailleurs Herbert Reinecker, le créateur de Derrick, qui impose cette ville, il y a 50 ans, dès 1969 avec une autre série Der Komissar, une série fondatrice du polar télévisuel qui use plus de psychologie que d’action. 

En réalité, comme l'explique Henri Larski, si nous connaissons surtout les séries tournées à Munich c’est qu’elles seraient les plus facilement exportables, les plus allemandes : des séries fédérales qui fédèrent alors que bien d'autres productions policières plus ancrées dans une spécificité locale auraient plus de mal à passer les frontières, comme ce fut le cas de Tatort qui compte aujourd'hui plus de 1100 épisodes et qui est diffusée depuis 1970 sur ARD (l'équivalent de France 3 chez nous). 

Tatort (qui signifie scène de crime) met en scène des commissaires différents dans chaque région, chaque héros étant – effet miroir oblige – le porte-parole des particularismes locaux. On n’enquête différemment en fonction des mentalités et de l’histoire de la région. Une scène de crime ne dit pas la même chose à Hambourg qu’à Berlin, qui plus est, depuis la réunification.

Par ailleurs, l’Allemagne est depuis très longtemps un territoire à séries tant en nombre qu’en genre explorés, du soap à la sitcom en passant par les séries historiques. Elle s'est même imposée dans le genre de la série d'action liée à l’industrie automobile et à ses écoles de cascadeurs réputées avec par exemple Alerte Cobra et ses courses poursuites sur les autoroutes ou la série explosive Le Clown

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.