« Bonsoir et bienvenue dans Westinghouse Desilu Playhouse, ce soir nous allons assister à une histoire écrite par Rod Serling et avec William Bendix. Et l’Histoire commence dans le cabinet d’un médecin, un patient y est assis, il est arrivé il y a déjà 9 minutes » … ainsi débutait, il y a 62 ans, Time element !

L'épisode "Time Element" de l’anthologie Westinghouse Desilu Playhouse présentée par Desi Arnaz, le mari de Lucille Ball avec qui il a fondé une société de production Desilu - petite entreprise a qui l’on doit I love lucy, la première sitcom de l’histoire mais aussi les incorruptibles, Star Trek, Mission Impossible, Mannix et cette anthologie méconnue chez nous et qui a le mérite d’avoir diffusé cet épisode important dans l’histoire des séries qui a servi de pilote à ce qui deviendra en 1959 : La 4ème dimension

En novembre 1958, "Time element" est une sorte de test dans lequel Rod Serling aborde plusieurs thématiques que The Twilight Zone développera ensuite, des voyages dans le temps et l’espace aux frontières de notre imagination et des histoires traumatiques avec des fins ouvertes qui ne laisse jamais sur votre faim puisqu’elle ne cesse de vous questionner, une fois le poste de télé éteint.  

Et dans cet épisode Peter Jenson sur le divan raconte son rêve récurrent à son psy le Dr Gillepsie. Et le patient révèle que toutes les nuits, il se plonge systématiquement dans le même cauchemar … un rêve éveillé où il se retrouve à Hawaï un 6 décembre 1941, la veille de l'attaque de Pearl Harbor, un événement particulièrement traumatique pour l’Amérique. Et Peter Jenson, le personnage au centre de cet épisode qui n'a jamais mis les pieds de sa vie à Hawaï a été, comme tous les américains, traumatisé et marqué à vie par cette attaque, un événement vécu par récit et médias interposés. Un trauma qui 17 ans plus tard va resurgir sous la forme de ce cauchemar éveillé et un voyage dans le temps, 24h avant l’attaque, sur un événement sur lequel il n’aura aucune prise. 

Un épisode qui démontre à quel point Rod Serling croyait d'abord au pouvoir de commémoration par la fiction ou comment aider les téléspectateurs à penser (au sens réflexif) et panser (au sens thérapeutique) un événement traumatique. Une leçon toujours pertinente à méditer en cette période de commémoration d’événement traumatique pour notre pays, 5 ans après les terribles attentats du 13 novembre. 

Un traumatisme que la fiction française commence d’ailleurs à questionner comme on l’a vu dans Criminal sur Netflix dans un épisode avec Sara Giraudeau dans le rôle d’une rescapée du Bataclan. 

Un événement à l’origine du travail du scénariste Xabi Molia sur la série No Man’s land dont la perte d’un proche dans les attentats du 13 novembre 2015 a été en partie à l’origine de la série. La 1ère saison qui se déroule entre la Grande-Bretagne, la France et la Syrie en 2014 devrait logiquement évoquer le Bataclan, prochainement. Enfin En thérapie la version française de En analyse / In Treatment signée Olivier Nakache et Eric Toledano qui va arriver en 2021 sur Arte va suivre le quotidien d’un thérapeute en séance avec ses patients au lendemain des attentats du 13 novembre 2015. Une série très attendue pour un mal douloureux mais un mal nécessaire ... 

Et que Rod Serling, vétéran de la seconde guerre mondiale, avait bien compris, en 1958.

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