Direction Boston et le lieu d’une série trop méconnue de David E. Kelley, le créateur de "Ally McBeal" et de "The Undoing", le lycée public d’un quartier populaire : Winslow High School dans "Boston Public". Une série qu'il serait bon de revoir en 2020.

Il y a 20 ans, l’automne 2000, David E. Kelley encore en plein succès avec ses séries judiciaires Ally McBeal et The Practice se lance dans l’écriture et la production pour la Fox de Boston Public centrée sur le quotidien d’un lycée comme on l'a rarement montré dans une fiction télé. 

Traditionnellement, une série de lycée s'avère être une série sur l’adolescence, or, Boston Public n’est pas centrée sur des lycéens – d’ailleurs les principaux élèves que l’on suit en saison 1 sont en terminale et ne reviendront pas en saison 2 – mais plus sur ceux qui restent après le départ des étudiants : les professeurs et leurs responsables administratifs, une équipe enseignante qui a peu de moyens pour faire son boulot. 

Le comédien Chi MacBride, le proviseur Harper dans la série, déclarait d’ailleurs en interview à l'époque : « Un prof ou un proviseur doit assumer beaucoup de casquette : l’avocat, le psy, l’agent de circulation. Avec Boston Public nous voulons juste apporter une réflexion sur la vie de ces gens totalement dévoués et très peu payés par rapport à leur boulot et leurs responsabilités ». 

Si la série est parfois excessive – nous sommes dans une série de David E. Kelley – et si dès le premier épisode, un prof tire des coups de feu en plein cours pour mieux attirer l’attention de ses élèves, à l’instar d’une série comme Urgences, Boston Public raconte, au-delà des situations extrêmes, la passion de ces professionnels déconsidérés et pourtant si utiles à la nation.  

Alors pour quelles raisons faudrait-il, 20 ans plus tard, revoir la série où s’en inspirer ? 

Tout simplement parce que le débat et la confrontation des opinions est le cœur de Boston Public.  En mettant en scène des professeurs parfois atypiques en situation d’enseignement dans un lycée très populaire et multiculturel (l’opposé du lycée de Gossip Girl ou de la récente The Undoing) cela permet de questionner tout ce qui peut créer du débat entre les générations et les cultures. Et la force de cette série est aussi d'opposer la rigidité d’un professeur à la radicalité du point de vue d’un étudiant (ou inversement). 

Dans Boston Public, les adultes sont souvent idéalistes à l’image de Ronnie Cooke (Jery Ryan), ex-avocate qui se sent plus utile devant des élèves que devant des jurés pour combattre l’injustice sociale, mais ils peuvent être aussi réactionnaires, comme ce très vieux prof d’histoire, le juif Harvey Lipshultz pour qui dit-il « l’histoire est un éternel recommencement » mais qui ne peut pas s’empêcher d’être raciste et homophobe. Dans un épisode Lipshultz (excellent Fyvush Finkel) s’oppose même à une lycéenne qui ne porte pas de soutien-gorge, ce qui lui vaut une rébellion des lycéennes (à l’heure du débat sur le croc top, pensez-y). Des situations où les scénaristes forcent parfois le trait pour mieux ouvrir un débat constructif car ce qui ressort toujours de la série c’est que le dialogue, l’opposition dans l’échange, argument contre argument l’emporte toujours sur les actes extrémistes. 

Il est important de noter d'ailleurs que contrairement à Ally MacBeal dont la profondeur fantaisiste n’a pas vraiment survécu au 11 septembre, Boston Public poursuivra elle sa carrière jusqu’en 2004 et questionnera avec justesse la notion du fondamentalisme religieux … à méditer dans la France post-Charlie. 

Moralité : Diffusée il y a 20 ans, en catimini, les dimanches après-midi sur France 2, Boston Public de David E. Kelley mériterait d’être rediffusée et revue aujourd’hui, en particulier par ceux qui, dans leurs discours en hommage à Samuel Paty, élève les professeurs en héros sans leur donner les moyens d’exercer leur métier comme il se doit. Une leçon sérielle limpide et claire. 

=> Retrouvez Benoît Lagane, avec ses gourmandises sérielles et cathodiques dans Faim de Séries tous les vendredis dans le 5/7 de Mathilde Munos sur France Inter

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