Entre 1994 et l'an 2000, les cinq enfants Salinger vivaient leur époque sur la Fox et chez nous sur M6. Mais quel effet miroir "La vie à 5" a-t-elle pu nous tendre ?

Série "La Vie à cinq" avec Brandon & Taylor Porter, Lacey Chabert, Matthew Fox, Neve Campbell, Scott Wolf.
Série "La Vie à cinq" avec Brandon & Taylor Porter, Lacey Chabert, Matthew Fox, Neve Campbell, Scott Wolf. © Columbia TriStar

Après les années 80, l’hyper-créativité des Networks et l'émergence de ce que l'on a appelait la "quality television", les chaines gratuites américaines confirment dans les années 90 qu’elles sont mûres pour défendre sur leur antenne des œuvres grands publics très abouties. Nous ne sommes pas encore dans l’explosion des séries des chaines du câble qui appâtent des publics de niche. L'idée est donc de toucher le plus grand nombre. 

Les années 90 offrent finalement aux créateurs cette opportunité : parler à tout le monde. Ce qui explique notamment l’émergence de séries telles que Urgences, dans le drama medical, NYPD Blue dans le cop show et La vie à 5 dans le family drama : une série qui ressemble à un mélo familial mais qui s’avère être  plus complexe et dense qu’il n’y parait. Une sorte de This is us des 90's. 

En France, M6, qui n’est encore qu’une chaine qui monte, a besoin de beaucoup de séries pour combler les trous de sa grille en journée et en particulier le samedi entre le Hit Machine de Charly et Lulu et Fan 2 de Séverine Ferrer. Elle diffuse alors La vie à 5 une petite série sans prétention sans vraiment comprendre qu’elle a entre les mains une grande série.

La vie à 5 / Party of five, c’est l’histoire des enfants Salinger qui doivent apprendre à vivre seuls après l’accident mortel de leurs parents. Le fils aîné, majeur accepte – un peu forcé par le cadet et la cadette – à devenir le tuteur de ses frères et sœurs. Une situation qui offre une multitude d’entrées possibles à des situations plus ou moins dramatiques. L’aîné est officiellement adulte mais l’est-il vraiment ? Le cadet semble plus sérieux mais peut-il vraiment jouer au grand ? La cadette très proche en âge du second aimerait aussi gagner en liberté mais le peut-elle aussi facilement que ses frères ? L’union fait la force certes mais est-ce suffisant pour continuer à grandir quand on doit faire face au deuil et à la disparition brutale de ses parents ?

La grande force de La Vie à 5 c’est d’être un récit d’apprentissage mais surtout une histoire d’émancipation puisque chaque enfant Salinger, Charlie, Bailey, Julia, Claudia et le petit dernier Owen, vont apprendre à gagner leur indépendance tout en questionnant, en creux, la normalité de la vie familiale américaine traditionnelle. Les jeunes ados Salinger sont libres … adultes avant l’heure, ils ne s’interdisent en rien de vivre toutes les expériences. Bien au contraire. Les Salinger se débarrassent au fond, juste comme ça, sans le dire, des carcans imposés par la norme, un moyen de vivre ses rêves, ses désirs et sa sexualité comme ils l’entendent. 

Et que l’action se passe à San Francisco, l’une des villes les plus progressistes des États-Unis a du sens. Ici les filles Salinger s’imposent non pas comme des mères de substitution, mais tout simplement pour faire jeu égal avec leurs frères. Et quand la benjamine, jeune prodige du violon, a besoin de de réconforts et d’une présence adulte, elle le trouve auprès de son professeur de violon homosexuel, parent de substitution.

La vie à 5 est donc à revoir : une ode à l’émancipation et à toutes les libertés. Une série qui parlait à tous les publics et à toutes les générations. C’était il y a déjà 25 ans sur la Fox une chaîne commerciale et gratuite de la télévision américain. Et l’occasion de découvrir que Matthew Fox a eu une vie sérielle avant Lost, Neve Campbel une existence avant Scream et de voir les débuts de Scott Wolf ou Jennifer Love Hewitt.

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