Pour ce dernier effet miroir de la saison, retour sur le ou la psy de "In Treatment", la version américaine de "En Thérapie", connue en France sous le titre "En Analyse", vient de faire son come-back dix ans après la saison 3

Il y a un mois démarrait sur HBO et OCS en France la nouvelle saison de En Analyse, je dis bien, nouvelle saison et pas reprise ou reboot, parce que cette saison 4 ne fait pas table rase des trois saisons diffusées entre 2008 et 2010 dans lesquelles un psychanalyste, Paul Weston, interprété par Gabriel Byrne, recevait plusieurs patients dans son cabinet.

La série, arrêtée en décembre 2010, revient donc 10 ans plus tard, dans le contexte de la crise sanitaire. Et faire revenir la série n’était pas qu’un simple coup marketing. Les auteurs de la série ressentaient le besoin de reprendre la plume et la caméra pour raconter leur époque, il faut dire qu’en dix ans la société américaine a connu de nombreux soubresauts dont En Analyse pouvait se faire la chambre d’écho. Plus qu’une série sur l’analyse, In Treatment comme Betipul, la version originelle israélienne ou la récente adaptation française, En thérapie, En analyse est d'abord et avant tout une série sur la société. Et cette saison 4 le démontre par A B.

Cela passe en premier lieu par le changement du personnage principal désormais incarné non plus par Gabriel Byrne mais par Uzo Aduba.

Jusque-là, comme pour la version française, le psy était un homme blanc de 50 ans Gabriel Byrne (Paul Weston) aux États-Unis et Frédéric Pierrot (Philippe Dayan) en France mais pour ce retour, en 2021 en Amérique, In Treatment met en scène, Brooke Taylor, une psy afro-américaine, interprétée par Uzo Aduba, vue notamment dans Orange is the new black. 

Un changement fort symbolique qui témoigne des électrochocs qu’ont pu représenter d’une part l’élection de Donald Trump qui a libéré et validé officiellement la parole suprématiste masculine blanche, d’autre part le mouvement metoo ou encore l’affaire George Floyd.    

À la question « était-il nécessaire de revenir après le mandat de Trump ? » posée par Emilie Semiramoth d’Allo Ciné, la showrunneuse Jennifer Schuur répond ainsi avec le sourire et avec conviction :  "D’une certaine manière oui … Cela nous a permis de sortir des choses qui couvaient depuis quatre ans. Mais il y a plein de raisons différentes.  Dans notre pays en ce moment, on doit affronter la question de l'injustice raciale. Il y a aussi une lutte des classes. La répartition des richesses est loin d'être équitable. Et puis il y a eu la pandémie qui s'est ajoutée à tous ces problèmes qui existent déjà depuis longtemps. Donc on s’est dit qu'on avait une opportunité d'aborder tous ces sujets qui affectent notre vie quotidienne.  Faire cette série avait quelque chose de cathartique"  

Et cet effet miroir cathartique passe donc par des patients « symboliques » :   

  • Eladio, aide-soignant latino qui suit son analyse en visio, contexte sanitaire oblige
  • Colin, riche entrepreneur qui sort de prison en liberté surveillé et qui incarne tous les travers de l’homme blanc américain de 50 ans
  • Et enfin Laïla, une jeune lesbienne afro-américaine de 18 ans.

Brooke Taylor accueille ses patients dans son salon et non dans son cabinet et dans le dernier épisode de la semaine, elle échange avec sa marraine des alcooliques anonymes et non plus avec son contrôleur comme à l’accoutumé.  Ce dernier, on le comprend dès les premiers épisodes, est un certain Paul Weston, mais, elle ne semble pas décidé pour l’instant à le recontacter, il est devenu un expert un peu trop médiatique.    

Cette saison 4 qui assume une dimension mélodramatique et bascule de Baltimore à Los Angeles dans une maison d’architecte très lumineuse démontre enfin qu’un autre visage de la thérapie est possible et comme le dit très bien sa scénariste « pas uniquement celui de la classe moyenne supérieure et blanche ».  

Moralité : Parler de ce changement de profil de personnage, en ce 19 juin 2021, nouveau jour férié américain tout juste ratifié par Joe Biden - la «Juneteenth» commémore l'émancipation des derniers esclaves au Texas le 19 juin 1865 - il y avait comme un dernier symbole. CQFD. 

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