Le Front national espère un score élevé à la présidentielle : fruit attendu d'une stratégie visant à séduire aussi l'électorat de gauche.

Marine Le Pen avec "les enseignants patriotes du collectif Racine" à Lille
Marine Le Pen avec "les enseignants patriotes du collectif Racine" à Lille © Maxppp / Alexis Christiaen, La Voix du Nord

Aujourd’hui, 7% de ceux qui avaient voté François Hollande en 2012 voteraient Marine Le Pen pour les présidentielles de 2017 (sondage Ipsos). Pour capter une partie de l’électorat qui votait plutôt à gauche jusqu’ici, le Front national a recentré son discours sur le social, et il décline cette stratégie à travers des collectifs.

VIDÉO | La gauche : nouvelle cible du FN

En janvier 2017, quand François Fillon a exposé ses propositions sur la santé, le FN a tout de suite réagi en décortiquant son programme et en créant un collectif autour de cette thématique. Sophie Montel, député européen FN en explique le fonctionnement : "Les invitations se font sur le fichier des adhérents, on a de tout : des usagers mais aussi des professionnels de santé, des professions libérales, des chirurgiens-dentistes, des médecins, des chirurgiens, des infirmières. Les adhérents sont libres d'inviter des amis, des chaines se mettent en place". Au menu des discussions : l'augmentation des effectifs hospitaliers, la baisse du coût des médicaments, etc.

Ce seront pour la plupart des électeurs de Marine Le Pen à ces élections présidentielles.

L’objectif est clair : recruter de futurs électeurs. Non seulement on y discute des thématiques choisies, mais on y distille aussi une fibre ant-immigration chère au Front national, comme la garantie de nouveaux droits réservés aux français.

Les collectifs visent plus généralement les classes moyennes et épousent les préoccupations des différents publics que le parti veut attirer :

  • Pour les écologistes : le collectif "écologie" propose de privilégier une écologie compatible avec le nucléaire,
  • Pour les enseignants (un bastion jusqu’ici imperméable au FN) : les collectifs Racine.

Aymeric Durox, enseignant en histoire en Seine-et-Marne, a créé le premier collectif Racine qui s'agrandit peu à peu : "ça c'est fait via Facebook. J'ai réussi à réunir une quinzaine de profs en 2 mois. Aujourd'hui on est entre 30 et 35 professeurs, des directeurs d'école, des professeurs du premier, second degré et du supérieur. "

Aymeric Durox, enseignant en histoire, a créé le premier collectif Racine
Aymeric Durox, enseignant en histoire, a créé le premier collectif Racine © Radio France / P.Reltien

Jean-Yves Camus, directeur de l’observatoire des radicalités politiques, s'inquiète de l'audience que suscite le Front national auprès des laissés pour compte. Selon lui, il ne faut pas sous-estimer l’efficacité de ces collectifs : "15 personnes motivées, correctement formées et qui par capillarité diffusent leur message dans leur milieu professionnel, en termes de résultat électoral, de retour sur investissement, c'est non négligeable. Il ne faut pas regarder le nombre d'adhérents mais la part du vote captée. Si dans un village, le FN peut recueillir jusqu'à 35% des voies, c'est bien parce qu'il y a un travail de terrain effectué par des relais d'opinions".

La nouvelle génération est une clé dans la progression du FN. Cette dernière a un tout autre regard que les anciens militants sur le parti de Marine Le Pen.

Pour Florent Gougou, spécialiste de l’extrême droite à Sciences Po Grenoble,"l'équation en tête était : un ouvrier = de gauche. On avait du mal à penser qu'un ouvrier puisse voter FN. Mais ceux qui votent pour le FN aujourd'hui ont peut-être les mêmes caractéristiques sociologiques que leurs parents, mais pas le même type de comportement électoral".

Le renouvellement des générations est la dynamique principale dans les changements de vote des ouvriers.

Si cette jeune génération vote différemment, c’est aussi parce qu’elle a vécu une succession d’alternance droite gauche qu'elle juge stérile : elle n’a pas connu le rêve européen, ni le Front national de Jean-Marie Le Pen, ni les groupuscules néo-fascistes qui gravitaient autour de lui.

La gauche dans le viseur du Front national | Enquête Secrets d'Info à écouter sur France Inter le samedi 4 mars 2017 à 13h20.

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