Après les attentats de Paris, le marché de la sécurité privée s'est développé. Mais si la demande est en forte hausse, le paysage de ces sociétés laisse encore à désirer.

Agent de sécurité
Agent de sécurité © Radio France / Isabelle Souquet

En 2014, Alain Bauer, président du CNAPS, a lancé une série de contrôles sur les pratiques des sociétés privées de sécurité, et voici ce qu'il a notamment découvert :

"Des faux agents, des agents non formés, des agents sans carte, des maîtres chien qui n'étaient pas maîtres chien…"

La société Maori est un exemple connu de ces débordements. L'entreprise avait recruté Rémy Pautrat, un ancien préfet, mais il a vite déchanté :

Rémy Pautrat
Rémy Pautrat © Radio France / Isabelle Souquet

"Le dirigeant avait créé une entreprise qui faisait travailler, en France, dans son groupe, des salariés situés à l'étranger, sans être déclarés à la sécurité sociale, ni au fisc. Il y avait des capitaux Qatari, ce n'était pas connu des autorités françaises. Nous avons démissionné collectivement."

6000 entreprises se font concurrence en France, ce qui tire les prix vers le bas et les poussent parfois à enfreindre la réglementation. Quand elles respectent la loi, nombreuses sont les sociétés qui paient très peu leurs employés, et leur fournissent un matériel trop rudimentaire. Florent Lecocq, agent de sécurité et délégué CGT, peut témoigner du temps qu'un contrôle de bagage peut prendre : "sauf que j'ai du monde qui attend, un rendement à avoir... Et je n'ai pas d'appareil pour détecter les métaux, selon l'entreprise c'est trop coûteux, donc je fais mal mon métier".

Cinq grandes entreprises représentent un quart du marché et travaillent sérieusement, mais à côté, une myriade de petites sociétés sont plus ou moins fiables. C’est pourquoi le CNAPS en a fait fermer 2000 ces dernières années.

La question de l'armement pose aussi problème. Une loi régit l’armement des agents privés, mais ses décrets n’ont jamais été publiés. Ce flou juridique mène parfois à des aberrations, comme le souligne Alain Bauer : "Quand des personnalités étrangères viennent en France avec des agents privés, le ministère des affaires étrangères demande une dérogation qui leur permet d'être armés sans carte professionnelle". Dans le même temps, les agents Français ont une carte professionnelle et n'ont pas le droit d'être armés.

Ce n'est pas le seul point qui mérite d'être éclairci, il y a aussi la redistribution des rôles. La colère des policiers, surmenés depuis les attentats de Paris, montre que certaines tâches vont devoir, à terme, être déléguées au privé. Une des pistes explorées serait de transformer les agents de sécurité privée en relais des services de renseignement. C’est ce que pense le chercheur du CNRS Fréderic Ocqueteau. Pour lui, la sécurité privée dans les entreprises pourrait jouer un rôle d'alerteur, et indiquer des signaux faibles de radicalisation.

Les services de renseignement attendent beaucoup de la sécurité privée.

Une école nationale de formation des agents de sécurité privée est également en projet. Aujourd’hui, pour devenir agent de sécurité, on dispense une formation de seulement 140 heures. A titre de comparaison, un policier municipal est formé pendant un an, et un policier national suit une formation de trois ans.

►►► L'enquête intégrale de Secrets d'Info à lire et écouter en cliquant ici.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.