Des hôpitaux cherchent à attirer une clientèle étrangère pour renflouer leurs caisses. Mais les patients français ne vont-ils pas en pâtir ?

L'hôpital Georges Pompidou de Paris accueille des patients étrangers
L'hôpital Georges Pompidou de Paris accueille des patients étrangers © Getty / Raphael Gaillarde/GammaRapho

En 2014, Laurent Fabius, alors ministre des affaires étrangères, veut développer le tourisme. Il demande un rapport à l’économiste Jean de Kervasdoué pour chiffrer l'accueil de patients étrangers en France. Il estime que, d'ici 2020, cette activité pourrait générer 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires chaque année. Ce rapport déclenche une prise de conscience. Pour la première fois, en novembre 2016, les hôpitaux de Paris font un catalogue de soins et d'interventions à destination du public international, consultable sur internet. Le professeur Philippe Ménasché s'occupe de ce dossier à l'hôpital Georges Pompidou de Paris :

On propose une réponse quasiment immédiate.

"Vous voulez vous faire opérer d'un pontage, à priori les choses se présentent bien, votre hospitalisation ne devrait pas excéder une semaine, voilà exactement le forfait, et voilà ce qu'on vous propose pour ce forfait".

VIDÉO | La clientèle étrangère au secours des hôpitaux français :

Parallèlement, des agences, que l'on appelle des conciergeries médicales, se lancent sur ce marché. Elles accompagnent le patient étranger pendant tout son séjour médical. Carine Hilaire a créé l'agence France Surgery :

Capture d'écran le 5 janvier 2017 du site internet France Surgery : http://www.france-surgery.com/fr/
Capture d'écran le 5 janvier 2017 du site internet France Surgery : http://www.france-surgery.com/fr/ / DR

"On va gérer la venue du patient, aller le chercher à l'aéroport, produire des interprètes si besoin, trouver un logement proche de l'établissement de santé, s'occuper des familles, puisque ce sont rarement des gens qui viennent seuls. Ensuite on gère toute la partie post-opératoire. On va chercher des infirmières, des kinés, des pédicures, des interprètes, pour faciliter leur voyage de bout en bout".

Ce marché pèse déjà 60 milliards d'euros dans le monde. Pourtant, par rapport à d'autres pays comme la Thaïlande ou l'Allemagne, la France est en retard. Mais si elle atteint les 2 milliards d'euros de chiffres d'affaires que prédit Jean de Kervasdoué, les hôpitaux pourront plus facilement boucler leurs fins de mois. Pour Frédéric Valletoux, qui préside la Fédération Hospitalière de France, le gain ne serait pas négligeable :

Ça représente 2 milliards € sur 76 milliards de budget des hôpitaux, ce n'est pas anecdotique.

"Le déficit des hôpitaux cette année est de 600 millions d'euros, donc 2 milliards c'est 3 fois le déficit des hôpitaux. Evidemment, c'est une manne ! Ça peut être une bouffée d'oxygène, qui permet de remettre un peu d'huile dans les rouages, c'est important".

En général, les tarifs appliqués pour ces patients étrangers sont de 30 à 50% au-dessus du prix facturé aux français. Malgré cette différence, ces prix restent très attractifs. La réputation d'excellence médicale du pays joue évidemment un rôle important dans le choix des patients.

Mais peut-on faire du business avec la santé ? Le système ne va-t-il pas finir par privilégier un riche américain à un français bénéficiaire de la CMU ? C'est une crainte que porte notamment Christophe Prudhomme, de la CGT Santé :

Cette motivation de faire rentrer de l'argent me choque.

"On demande à l'hôpital de faire des économies. Nous sommes en grande difficulté pour accueillir, dans des conditions acceptables, les patients français. Et on va proposer des passe-droits pour des patients uniquement parce qu'ils ont un bon compte en banque. La santé n'est pas un service commercial !"

Mais les hôpitaux minimisent cette crainte. Le professeur Ménasché est convaincu que le tourisme médical restera marginal :

"La prise en charge structurée de ces patients étrangers ne se fait en aucun cas au détriment des patients français. Globalement, l'assistance publique a les moyens de faire face à une augmentation de la demande de patients étrangers. Sur le pan quantitatif, ces patients étrangers ne vont pas représenter des centaines et des milliers de malades".

Les hôpitaux publics ont rédigé une charte de bonnes pratiques. On peut y lire que les patients étrangers n'ont ni priorité d'admission, ni de traitement préférentiel.

Enquête à écouter le samedi 7 janvier à 13h20 sur France Inter.

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