Les enjeux du "BigData" appliqué à la santé : anticiper les maladies mais aussi faciliter le repérage des personne "à risque" par les compagnies d'assurance. Enquête d’Anne Brunel.

Baies de stockage à distance
Baies de stockage à distance © Claranet France

Vidéo : Les géants du numérique vont-ils régir notre santé ?

Une révolution médicale en cours

La multiplication des dispositifs médicaux connectés, conjugués aux quelques 150 000 applications de santé ou de bien-être, que l’on télécharge sur notre smartphone, permet d’accumuler des volumes considérables de données qui retracent nos comportements. L’exploitation de ce « BigData » de la santé conjuguée à des algorithmes, ouvre des perspectives extraordinaires que Cédric Cartau, le responsable de la sécurité informatique du CHU de Nantes, explique.

On saura faire du prédictif, on saura que telle pathologie survenue à l’âge de 25 ans et qui était soignée par tel protocole, a plus ou moins de chance de provoquer, soit une rechute, soit une autre pathologie 20 ans plus tard. On ne sait le faire que si on a des masses énormes de données à analyser. Même le meilleur médecin du monde ne saura pas faire cette corrélation à 30 ans d’écart.

Entrée principale de l'Hôpital de Nantes
Entrée principale de l'Hôpital de Nantes © Radio France / Anne Brunel

Un risque : le piratage de nos données

En France, les données de santé sont très protégées, mais cette hyper-protection inspire la convoitise. Le piratage est déjà à l’œuvre, comme le révèle Vincent Trély, président de l’APSSIS, l’Association pour la Sécurité des Systèmes d’Information de Santé.

Sur le darkweb, l’underground d’internet, le dossier médical a une valeur, sa cotation de la semaine est aux alentours de 17$. Si vous êtes à la tête d’une base de données que vous avez subtilisée à un établissement d’une centaine de milliers de dossier médicaux, vous avez entre 2 et 3 millions de dollars.

Mais le principal risque, c’est plutôt la tentation très forte que pourraient avoir les compagnies d’assurance, et même l'assurance maladie, de moduler les cotisations ou le montant des remboursements en fonction du risque-santé de leurs assurés. Cela se pratique déjà aux Etats-Unis. En Europe, ça démarre sous forme de « bonus » aux bons comportements, une pratique encore interdite en France. Mais si cette stratégie commerciale venait à s’étendre chez nous, ce serait un vrai renversement de valeur, que redoute le DocteurNicolas Postel-Vinay, fondateur du site automesure.com.

Le danger c’est perdre le modèle social que nous avons dans notre pays : la mutualisation des risques, que vous soyez à haut ou faible risque médical ou à faible risque, tout le monde est protégé pareil. C’est un modèle exceptionnel, juste, équitable, et qui est menacé. Parce qu’il est très tentant, à l’heure où il faut faire des économies, que les personnes qui ont moins de risques disent « moi je ne veux plus payer pour des personnes qui n’ont pas ces bonnes conduites ».

Le pouvoir des géants du numérique

Une autre perspective serait que les « GAFA » (Google, Apple, Facebook, Amazon), deviennent les réels pilotes de notre santé. Un phénomène que prédit Cédric Cartau.

Un marché énorme dans la prochaine décennie, ça sera le service offert à des professions médicales, d’analyses de données, et du conseil sur du traitement de pathologies. Il ne faudrait pas que le corps médical européen finisse par devenir les ouvriers ou les employés de GAFAM. Il y a un enjeu énorme de société derrière ça.

Les médecins européens devenant tributaires des géants du numérique, des industriels qui, du coup, en viennent à orienter les politiques publiques, c’est un modèle de société nouveau qui va se mettre en place.

►►► L’enquête intégrale de Secrets d’Info, à lire et écouter ici.

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