Son nom est apparu dans le cadre de l’affaire Sylvie Goulard, rémunérée par son think tank alors qu’elle était eurodéputée. Nicolas Berggruen est aussi un fervent soutien d’Emmanuel Macron.

Nicolas Berggruen et Emmanuel Macron, le 25 avril 2018, au Département d'État à Washington (États-Unis)
Nicolas Berggruen et Emmanuel Macron, le 25 avril 2018, au Département d'État à Washington (États-Unis) © Capture d'écran Twitter Nicolas Berggruen

► Une enquête de Benoît Collombat, cellule investigation de Radio France. Découvrez les deux autres volets :

Nicolas Berggruen est un milliardaire de 58 ans qui prône “le charity business”, ce qui ne l’empêche pas de pratiquer l’optimisation fiscale, et surtout d’être très influent en Europe à travers l’Institut Berggruen. 

Ce dernier chapeaute des cercles de réflexion où l’on retrouve aussi bien des personnalités du monde économique, comme l’ancien PDG de Google Eric Schmidt, que du monde politique. En Europe, on retrouve par exemple : l’ancien Premier ministre du Royaume-Uni Tony Blair, l’italien Mario Monti, le belge Guy Verhofstadt, l’allemand Gerhardt Schröder, l’espagnol Felipe González ou le suédois Carl Bildt

Côté Français, Nicolas Berggruen peut notamment compter sur le soutien d’Alain Minc. Ce dernier a présenté le milliardaire à Emmanuel Macron, lorsqu’il était banquier d’affaires chez Rothschild.

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Un soutien financier à la campagne d’Emmanuel Macron 

Nicolas Berggruen n’a jamais caché sa proximité idéologique avec l’actuel chef de l’État, comme en témoigne cette tribune enthousiaste publiée après l’élection d’Emmanuel Macron sur le Huffington Post, dans laquelle Nicolas Berggruen écrit qu’"Emmanuel Macron est quelqu’un qui peut nous guider vers l’avenir", n’hésitant pas à le comparer à "Napoléon". 

Interrogé par la cellule investigation de Radio France, Nicolas Berggruen explique que son soutien a également été financier, dans les limites imposées par la loi : "Avant Emmanuel Macron, je n’avais jamais soutenu financièrement un candidat à l’élection présidentielle française. J’ai fait ce qu’il était légalement possible de faire parce que je le trouvais formidable. J’ai beaucoup d’admiration pour lui. Heureusement qu’il est devenu président."  

Son frère, Olivier Berggruen, un marchand d’art installé aux États-Unis, a lui aussi soutenu financièrement la campagne du candidat En marche, comme le montrent des courriels contenus dans les MacronLeaks, cette vaste fuite de documents internes à la campagne d’Emmanuel Macron diffusés juste avant le second tour de l’élection présidentielle de 2017.  

Le 14 février 2017, Olivier Berggruen écrit depuis New York au président de l’association de financement de La République en marche, Christian Dargnat, directeur général de BNP Paribas de 2006 à 2016 : "Dans l’immédiat, je propose de contribuer [à hauteur de] 4 000 euros au mouvement et 4 000 euros au candidat. Vous recevrez les formulaires et les virements correspondants sous peu. Je n’ai pas besoin de reçu fiscal, n’étant pas résident français. Mon frère Nicolas transmet de Los Angeles ses amitiés à Emmanuel Macron (qu’il connait mieux que moi), et nous vous souhaitons tout le succès que vous méritez."

VIDÉO - Nicolas Berggruen, un milliardaire influent en Europe :

Quand Berggruen voulait conquérir Le Monde

Comment s’est noué cette "amitié" entre Nicolas Berggruen et Emmanuel Macron ? 

Pour le comprendre, il faut remonter à l’époque où Emmanuel Macron travaillait pour la banque Rothschild entre 2008 et 2012. C’est à ce moment-là que Nicolas Berggruen rencontre Emmanuel Macron pour la première fois, comme nous l’a confirmé lui-même l’homme d’affaires. 

À l’époque, le groupe de presse espagnol Prisa cherche à prendre le contrôle du journal Le Monde. Nicolas Berggruen est alors administrateur de Prisa aux côtés d’Alain Minc. "J’avais fait embaucher Macron comme banquier de Prisa, raconte Alain Minc. Macron intervenait au conseil d’administration de Prisa sur la restructuration financière du groupe. Berggruen était l’un des administrateurs de Prisa et donc il l’a connu comme ça.

"Nicolas Berggruen a rencontré M. Macron lorsqu’il travaillait chez Rothschild, parce que Prisa était un client de Rothschild & Co", nous confirme par mail l’institut Berggruen. 

Alain Minc, en février 2017.
Alain Minc, en février 2017. © AFP / Lionel BONAVENTURE

"Nicolas Berggruen vendait ses idées" à l’Élysée 

La relation entre les deux hommes ne s’arrête pas là. 

Elle se poursuit lorsqu’Emmanuel Macron est nommé secrétaire général-adjoint de l’Élysée, en 2012, après l’élection de François Hollande. "J’ai envoyé Berggruen voir Macron parce que je trouvais bien qu’il puisse exposer ce qu’il faisait à quelqu’un d’ouvert d’esprit, c’est aussi simple que ça, explique Alain Minc. Berggruen dialoguait avec tous les pouvoirs, il fallait donc qu’il dialogue avec la France de l’époque. Or, dans l’entourage de François Hollande, je considérais que la personne la plus à même d’entendre, de comprendre, d’être "en phase" [avec lui], c’était Macron. Nicolas Berggruen vendait ses idées et l’action de son institut de la même manière qu’il le faisait au 10 Downing Street à Londres (résidence du Premier ministre britannique, ndlr) ou à la chancellerie allemande, à Berlin. Ni plus, ni moins.

On trouve le nom d’Emmanuel Macron comme “modérateur” d’un débat sur “le climat des affaires” en Europe, introduit par Alain Minc, lors du colloque intitulé "Europe : les prochaines étapes", organisé par l’institut Berggruen le 28 mai 2013 à Sciences Po Paris. 

François Hollande, entouré de Nicolas Berggruen (à droite) et Frédéric Mion (à gauche), lors d'une conférence à Science Po Paris, le 28 mai 2013.
François Hollande, entouré de Nicolas Berggruen (à droite) et Frédéric Mion (à gauche), lors d'une conférence à Science Po Paris, le 28 mai 2013. © AFP / CHARLES PLATIAU / POOL

"Lorsqu’il est secrétaire général adjoint de l’Élysée, Emmanuel Macron s’occupe notamment des dossiers économiques, décrypte Marc Endeweld, auteur de deux livres-enquêtes sur l’actuel chef de l’État, L'ambigu Monsieur Macron (Flammarion, 2015 ; Points, 2018) et Le grand manipulateur (Stock, 2019). 

"À l’époque, il représente la principale porte d’entrée des milieux d’affaires et du CAC 40. Emmanuel Macron apparait donc comme l’homme à courtiser pour faire passer des messages. Mais ça ne s’arrête pas là. Emmanuel Macron prépare déjà activement sa propre ambition politique. Il multiplie des rencontres entre communicants et grands patrons à l’Élysée, dans le dos du président de la République. Les milieux d’affaires s’intéressent grandement à lui. Ces rencontres se déroulent souvent le week-end, à l’abri des regards. C’est donc dans ce cadre que s’inscrit sa rencontre avec Nicolas Berggruen. C’est tout un environnement qui se met alors en place.

Le 24 avril 2018, à l’occasion d’une visite d’État d’Emmanuel Macron aux États-Unis, Nicolas Berggruen a tweeté un selfie en compagnie du président Français, avec ce commentaire : "Vive Macron!" 

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