En 2016, 200 000 chômeurs étaient en formation. Aujourd'hui, ils sont près d’un million. Mais les stages se multiplient autant que les déceptions. Enquête de Philippe Reltien.

François Hollande annonce le "plan 500 000 formations" à l’Institut de Formation Commerciale Permanente (IFOCOP)
François Hollande annonce le "plan 500 000 formations" à l’Institut de Formation Commerciale Permanente (IFOCOP) © Maxppp / C.LIEWIG/POOL

Pôle emploi a passé commande de centaines de formations auprès de l'association ISP, qui enseigne les métiers de l’hôtellerie et de la restauration depuis 20 ans. Un stage coûte 3000€, soit un tarif deux fois meilleur marché que celui de ses concurrents.

Un bac plein de crottes de rongeurs, des cafards, une vitre cassée, du sang sur le mur, des toilettes cassées...

Ils sont 463 demandeurs d’emploi à s’être formé dans cette ambiance, si l’on en croit la description faite par Mezidi Khedidja, l’une de ces stagiaires.

Photographies prises par des stagiaires lors de leur formation CIMPA
Photographies prises par des stagiaires lors de leur formation CIMPA © Mezidi Khedidja
Photographies prises par des stagiaires lors de leur formation CIMPA
Photographies prises par des stagiaires lors de leur formation CIMPA © Mezidi Khedidja

Le formateur était par ailleurs un serveur qui reconnait lui-même ne pas être compétent pour enseigner la cuisine. Face à cette situation, les stagiaires se sont finalement mis en grève. Pôle emploi les menace et exclut deux des meneurs. L'ISP sera prévenue d’une inspection, ce qui donnera le temps au directeur de faire des travaux et de disperser les élèves dans des cuisines collectives.

Il est difficile de chiffrer ce genre d'incidents. Mais début 2015, il y avait 146 Inspecteurs du Travail pour 200 000 demandeurs d’emploi en stage dans toute la France. Or aujourd’hui, quasiment un million de demandeurs d’emploi sont inscrits en stage, sans que le nombre d'inspecteurs évolue. Dans le même temps, des organismes plus ou moins sérieux ont vu le jour. Michel Menu, chef du Service Régional de contrôle à la direction du travail en Ile-de-France, constate : "3500 organismes veulent se déclarer en tant qu'organisme de formation, et il y en a à peu près autant qui disparaissent. Soit parce qu'ils n'ont plus de clients, soit ils n'ont rien fait pendant une année et ils deviennent caduques."

Vidéo | Les dérives de la formation professionnelle :

Pour Denis Gravouil, secrétaire général adjoint de la CGT, ce plan de formations n'est pas une solution pour retrouver un emploi : "On s'est dépêché d'envoyer 500 000 personnes en formation en ouvrant les vannes sur des formations en partie bidons. Mais ça permet de faire basculer des chômeurs dans la catégorie D : chômeurs en formation".

Le financement de ces formations n’est pas garanti. L'Etat a déjà décidé de réaffecter la prime à l’embauche de 4000€ accordée aux entreprises, vers la formation. Mais cela ne suffira pas, explique Yves Barou, le Président de l’AFPA, l’Association nationale pour la Formation Professionnelle des Adultes :

Il faut continuer : 1 milliard d'€ chaque année.

"Le financement est assuré jusqu'à l'été et la question de la pérennisation sera posée aux autorités de la France en juin 2017. Il y a eu un effort supplémentaire grâce à 1 milliard d'€ mis sur la table par les pouvoirs publics. Il faut continuer : 1 milliard d'€ chaque année."

Pour trouver un milliard chaque année, l’Etat voudrait que les régions prennent le relais. Il demande par exemple de financer 50 000 formations de plus cette année à la région Ile-de-France, le plus gros bassin de demandeurs d’emploi de France. Une sollicitation à laquelle Othman Nasrou, le vice-président de la région, n'a pas l’intention de répondre :

"On n'est pas en mesure de nous engager à proposer des formations de qualité dans les proportions qui sont annoncées. Si on veut que toutes les formations soient pertinentes, le coût moyen va augmenter. Le coût moyen ne peut pas être le même sur 500 mille et sur le 1 million, sauf si on fait des formations bidons."

Si les régions ne financent pas plus, certaines formations pourraient s’arrêter en juin 2017. Le flou persiste, d'autant plus que la poursuite du "plan 500 000 formations" de François Hollande dépendra aussi de l’issue de l'élection présidentielle.

A lire et écouter | L'enquête intégrale de Secrets d'Info

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