A une semaine du 1er tour de la présidentielle, le pouvoir d'influence sur l’opinion politique de réseaux sociaux où se développent les manipulations se révèle préoccupant.

Présidentielle : réseaux sociaux, espace de manipulations
Présidentielle : réseaux sociaux, espace de manipulations © Getty / Pixelfit

Quand on sait que plus 40% des 18-24 ans ont fait des réseaux sociaux leur première source d'information... il importe de savoir quels types de manipulations sont à l'œuvre sur les réseaux sociaux. Voici 4 tromperies à connaître avant de s'informer sur les réseaux.

1. Tromperie sur la popularité des publications

La manipulation de l’opinion commence d'abord avec la "gonflette" que l’on fait subir aux chiffres de popularité des posts, des vidéos, des articles, etc. Il est important d’en avoir conscience car la popularité d'une publication favorise sa dissémination, et par conséquent sa lecture. La déformation de ces chiffres est devenue, ces dernières années, une véritable industrie, selon le sociologue Antonio Casilli :

« Il y a dans des locaux des dizaines ou des centaines d'ordinateurs voire parfois des terminaux mobiles, et des personnes, à longueur de journée, cliquent sur des contenus, des images, des articles pour les partager, et ainsi ajouter de la valeur. Parfois ils ajoutent des commentaires… ils font le travail des petites mains d'internet.

Cela remet en discussion tout ce que nous savons sur la circulation virale de l'information.

2. Tromperie sur la crédibilité des pages officielles

La tactique est tant soit peu la même pour fausser la crédibilité des pages officielles... Il est aisé de l'exagérer. Il s’agit d’un type d'action marketing très fréquent pour les supports numériques, comme en témoigne Yassine, qui opère depuis la Tunisie via la plateforme de micro-services 5euros.com sous la marque AchatFans :

Publicité pour AchatFans sur la plateforme 5euros.com, capture d'écran faite le 13/04/2017
Publicité pour AchatFans sur la plateforme 5euros.com, capture d'écran faite le 13/04/2017 © Aucun(e)

"Je propose d’une part une application de jeu : pour gagner des points il faut cliquer sur j’aime, en réalité les gens cliquent sur le "j’aime" d’une autre page."

Je crée aussi des faux-profils de fans, je peux en livrer 50 000 par jour.

3. Manipulation des contenus

Le modèle économique des plateformes sociales qui repose sur la captation de l'attention, encourage indirectement la création de faux contenus, aux angles accrocheurs, aux titres étonnants. Et ces montages d’images, ces titres racoleurs et ces fausses nouvelles sont fabriqués dans ce qu'Antonio Casilli appelle des "usines à contenus" :

"Ce sont des structures déstructurées, flexibles, atomisées. Certaines personnes travaillent une fois par semaine pour écrire un texte en mettant ensemble trois ou quatre morceaux récupérés à droite ou à gauche sur internet, par exemple pour faire de la publicité à une figure politique, ou bien exclusivement pour créer une suite de mots-clés visant à tricher avec les algorithmes des moteurs de recherche".

4. Enfermement dans une bulle de pensée

L’ultime travers des réseaux sociaux est leur étanchéité : on ne parle qu'à des gens qui partagent peu ou prou les mêmes valeurs. On pourrait croire que la foison d'infos qui défile sous nos yeux va favoriser le débat, mais en réalité tout est cloisonné... et cela risque de rendre le débat impossible. C'est ce que pressent Tristan Mendès-France, expert en stratégie de médias sociaux :

"Si vous vous informez via votre réseau social, vous ne lisez que des nouvelles partagées par des gens qui ont une tonalité idéologique et politique pas loin de la vôtre. Ça enferme les communautés… et ça radicalise les opinions. Comment Fillon peut-il parler aux électeurs de gauche ? Il ne peut pas ! La fabrique de l’opinion de demain se fera à travers les réseaux sociaux, donc ça va avoir des conséquences profondes !"

Enquête intégrale à lire et écouter en cliquant ici.

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