Les industriels limitent volontairement la durée de vie des produits et chaque année en France, 100 000 tonnes de déchets électroniques sont gaspillées. Comment s'y prennent-ils ?

Les industriels limitent la durée de vie des produits, en France 100 000 tonnes de déchets par an sont gaspillées
Les industriels limitent la durée de vie des produits, en France 100 000 tonnes de déchets par an sont gaspillées © Getty / Stefan Irvine/LightRocket

De manière générale, les produits électroniques se détériorent ou se mettent à "ramer" de plus en plus tôt. C'est l'obsolescence programmée, une usure prématurée des objets. Dans le secteur informatique, tout paraît conçu pour racheter les produits plutôt que de les réparer. Martin Tyminski, qui dirige la société de maintenance 3VM, a pu le constater :

C'est comme s'il y avait un programme qui disait "dans 3 ans, tu t'arrêtes".

"Nous avons acheté 6 imprimantes, et au bout de 3 ans, elles sont toutes tombées en panne ! Le technicien a branché son ordinateur sur l'imprimante, et elle est repartie. 480 € de réparation."

Pour les ordinateurs ou les téléphones portables, la mécanique est également bien rôdée.

On rajoute du gras numérique : le smartphone s'engraisse jusqu'à s'enliser.

Les mises à jour des systèmes d'exploitation, censées faire évoluer les produits, participent en fait à accélérer leurs durées de vies.

"Jusqu'à maintenant, on pouvait tirer jusqu'à 5 ans la durée de vie d'un ordinateur, explique Frédéric Bordage, consultant en numérique responsable. Aujourd'hui sur un smartphone, la mise à jour est permanente. Et ça devient tellement long qu'on en change".

Pour obliger les industriels à faire des produits durables, de nouvelles réglementations ont été mises en place. Par exemple, la loi de transition énergétique de 2015 fait de l’obsolescence programmée un délit : 2 ans de prison et 300 000€ d’amende. Mais à ce jour il n'y a eu aucune plainte, et aucune condamnation n'a été prononcée. Camille Lecomte, de l'association Les Amis de la Terre, explique qu'il n'est pas simple de porter des actions en justice. Même pour une "aberration écologique" telle qu'une ampoule indémontable :

"Si l'ampoule casse, il faut jeter la lampe. A notre sens, ça entre dans la définition de l'obsolescence programmée, parce qu'on contraint l'usage du produit. Mais la définition du code de la consommation est tellement large et peu applicable qu'on n'ose pas aller en justice."

On pourrait alors compter sur la loi consommation de 2014. Elle rend obligatoire l’affichage de la durée de disponibilité des pièces détachées, et allonge la durée légale de garantie de 1 à 2 ans. Mais là encore, ce n'est pas si simple. La répression des fraudes avoue que ces obligations ne sont pas respectées. Loïc Tanguy, porte-parole de la DGCCRF, en fait l’amer constat :

Sur 400 entreprises contrôlées, il y a des anomalies dans 60% des cas.

"On ne peut pas se contenter d'un tel nombre de non-conformités ! Les actions de la DGCCRF ont conduit à 154 avertissements, à 93 injonctions, un processus pré-contentieux, et 6 procès-verbaux."

En fait, ces lois ont quand même un impact, mais à plus long terme. C’est ce que note l’avocat Arnaud Gossement, spécialiste du droit de l’environnement, pour qui une loi est aussi un moyen de "modifier la culture d'entreprise" :

Une petite révolution.

"Cette loi est une petite révolution pour les entreprises dont le modèle économique était fondé sur le gaspillage. On dit aux entreprises qu'elles ne vont pas gagner leur vie en vendant le plus possible de produits, mais le plus possible de services. C'est un changement de paradigme économique fondamental".

Ce nouveau modèle économique, qu’on appelle l’économie "circulaire", fonctionne déjà : au lieu de créer du déchet, on se repose sur la possibilité de réparer et sur le recyclage. En plus, ce modèle est facteur de croissance et d’emplois. On dénombre 600 000 emplois et 400 000 en réserve.

L'enquête intégrale d'Anne Brunel à lire et écouter en cliquant ici.

A LIRE |Du jetable au durable, sous la direction de Laetitia Vasseur, Anne-Sophie Novel et Samuel Sauvage, Ed. Alternatives, par l'association Hop ! Halte à l’obsolescence programmée.

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