Les sondages d'opinion sont omniprésents dans la vie politique française. Pourtant, leurs méthodes sont souvent contestables.

Trump, Brexit, Fillon : pourquoi les sondages se trompent-ils ?
Trump, Brexit, Fillon : pourquoi les sondages se trompent-ils ? © Maxppp / Courbe / Photo PQR / Voix du Nord

Enquête intégrale à lire et écouter en cliquant ici.

L'inattendu Donald Trump, l'inopiné "non" au Brexit, l'imprévisible François Fillon lors de la primaire de droite… Sur tous ces scrutins, les sondages n’ont pas vu venir le résultat final. Enquête sur les limites des méthodes des instituts.

VIDÉO | Sondages : des méthodes à bout de souffle

Les sondages sur internet contestés

Aujourd'hui, la presque totalité des sondages s'effectue par internet. Les anciennes méthodes, le porte à porte, ou le téléphone ne fonctionnent plus. De plus en plus de Français refusent de répondre. Les sondés d’aujourd’hui sont des internautes qui font la démarche de s'inscrire sur des panels pour répondre aux questionnaires. Il s'agit donc souvent de personnes habituées aux sondages. Pour le statisticien Jean Chiche, du centre recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), cela pose un problème :

En statistique, il n'est jamais bon de travailler sur des échantillons de volontaires.

"Ces personnes peuvent être plus sensibles aux thématiques des enquêtes, plus en adéquation avec le système, donc on sait qu'on introduira des biais", ajoute Jean Chiche.Le "vote caché" souvent avancé pour expliquer que les instituts américains n’aient pas vu venir Donald Trump se nicherait donc dans les couches de la population qui refusent de répondre aux questionnaires sur internet. Guenaëlle Gault, responsable du "digital" pour Kantar Sofres et ex-directrice du département "Opinion", reconnaît les panels sont fragiles de ce point de vue : "Quand l'antisystème est au cœur d'une campagne politique, on peut être perçu comme partie du système. Et là les gens ne vont plus forcément nous répondre et ceux qui ne nous répondent pas ne ressemblent pas à ceux qui nous répondent." Ce serait l’une des raisons qui ont fait qu’aucun institut n’avait prévu sérieusement la victoire de François Fillon lors de la primaire de la droite et du centre. Le politologue Vincent Tiberj estime que les panels ne sont pas parvenus à modéliser l'électorat du scrutin : "C'est un électorat plutôt âgé, retraité qui est très mal couvert par les enquêtes faites sur internet. Très souvent, les retraités peu diplômés, artisans ou commerçants, des classes moyennes et des classes populaires vont manquer dans les panels." La principale difficulté est donc de capter des catégories de la population peu actives sur le web, à l'heure où les sondages se font quasiment exclusivement sur internet.

Comment attirer les sondés ?

Pour motiver les personnes à s'inscrire sur les panels, les instituts rémunèrent les sondés : de 50 centimes à 1€ par sondage, s’il est très long. Autre type de « gratification » : des points permettant d’obtenir des cadeaux, comme dans le cas de Guillaume, qui répond régulièrement à des études : "Je suis inscrit depuis 2012 et j'ai pu avoir des appareils d'écoutes bébé, un balai aspirant, un coffret de jardinage, des abonnements pour des magazines, des livres…"

Sondage concernant François Fillon contre rémunération
Sondage concernant François Fillon contre rémunération © Aucun(e)

Les sondeurs affirment que ces gratifications n'influencent pas les réponses. Pourtant, Guillaume avoue ne pas toujours dire la vérité :

Il m'est arrivé de mentir quand les questions sont tranchées dès l'entrée du sondage.

"Si vous répondez "non", le sondage s'arrête et vous ne gagnez pas de points. Quand aucune réponse ne convient tout à fait à mon opinion, je choisis la moins mauvaise."

On continue comme ça ?

Les sondages sur "access panel" sont donc de plus en plus critiqués, y compris au sein des instituts. Mais il est difficile de les abandonner : cette méthode comporte l'avantage d’être pratique et bon marché. Or les médias, principaux commanditaires des sondages se sont pas prêts à mettre plus d’argent dans ces études. En Grande Bretagne, après leur échec lors du référendum sur le Brexit, les sondeurs se sont remis en cause. Bruno Jeanbart, d’OpinionWay, regrette qu’on ne le fasse pas de ce côté de la Manche :"En Grande Bretagne, le métier s'est saisi du problème : il a créé une commission d'enquête avec des universitaires auxquels les instituts ont fourni leurs données pour essayer d'améliorer la méthode. Mais on ne le fait pas en France parce qu'il y a une réticence des instituts à conserver leurs secrets de fabrication. C'est dommage."

Malgré ces problèmes méthodologiques connus des spécialistes, la France reste toujours aussi consommatrice de sondages. Au mois de février 2017, 80 sondages sur la présidentielle ont été réalisés grâce des panels internet et publiés. Pour les 15 premiers jours de ce mois de mars : 52 sondages. France Inter a décidé que, lors de cette campagne présidentielle, les sondages ne seraient plus évoqués sur son antenne, sauf de manière exceptionnelle (comme l’enquête du CEVIPOF qui présente la particularité d’être réalisé sur un « gros » échantillon de 15000 personnes).

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