VivaStreet, le deuxième site de petites annonces gratuites en France après LeBonCoin, est visé dans une plainte pour proxénétisme sur mineure. Enquête de Laetitia Saavedra.

Prostitution sur internet
Prostitution sur internet © Maxppp / Olivier Corsan PHOTO PQR LE PARISIEN

Cette mineure en question n’avait que 14 ans quand elle a posté une petite annonce pour se prostituer, dans la rubrique "adultes" et payante du site de VivaStreet.

Sur son annonce, elle s’était présentée comme une masseuse de 20 ans. Ses parents sont furieux contre le site internet et ont porté plainte hier, mercredi 16 novembre 2016, pour proxénétisme sur mineure.

"Depuis 5 mois, nous n'avons pratiquement plus de nouvelles. Nous savons aujourd'hui qu'elle se prostitue. Elle m'a montré l'annonce sur Vivastreet, elle se déplace uniquement pour personnes propres et respectueuses, avec des photos. Elle annonce qu'elle a 20 ans, mais c'est bien ma fille qui avait 14 ans le jour où les photos ont été prises."

Contactée, Maître Alcaraz, l'avocate de la société VivaStreet nous a expliqué, par écrit, que le site n'est qu’un hébergeur, et qu'il n'est donc pas responsable du contenu généré par les internautes. Elle affirme également que toutes les annonces sont systématiquement modérées avant leur publication, et "qu'un contenu qui ne répondrait pas aux interdictions rappelées dans nos conditions d'utilisations est systématiquement supprimé" .

Nous avons cherché à savoir s'il est possible pour une mineure de se prostituer via ce genre de sites d’annonces gratuites. Laetitia Saavedra a donc posté une annonce sur le site de VivaStreet. Elle s'est présentée comme "une fille de 19 ans qui reçoit chez elle". En quelques heures, plusieurs dizaines de clients potentiels lui ont demandé par mail ses tarifs, ses pratiques sexuelles et ses disponibilités. Elle a répondu à certains qu'elle n’avait que 15 ans, et qu’une amie de 14 ans pouvait se joindre à sa prestation. Quatre sur cinq ont accepté. L'un a même réfléchi à la mensualiser pour 1000 euros/mois.

Voici un exemple des mails reçus :

De plus, pour savoir qui se cache derrière les annonces de cette fameuse rubrique "adulte" de VivaStreet, un journaliste de l'équipe de Secrets d'Info s’est fait passer pour un internaute lambda. Il a téléphoné à une dizaine de femmes ayant posté des annonces, et presque toutes étaient des prostituées. Voici le type de réponse que ces femmes lui ont apporté : "la demi-heure c'est 100€, l'heure c'est 200€, je fais tout sauf la sodo".

Si la preuve est faite que ces sites peuvent abriter de la prostitution, on peut se demander pourquoi les autorités ne réagissent pas. La difficulté, c'est que les prostituées ne se présentent pas comme telles, elles se cachent derrière des propositions de massages sans faire allusion à un quelconque tarif.

Mais pour le député "Les Républicains" Guy Geoffroy, auteur d'un rapport sur la prostitution en 2011, il faut sortir de l'hypocrisie :

"C'est une totale hypocrisie parce qu'il y a un maquillage pour respecter l'apparence légale et derrière cela, il y a de l'argent et donc du proxénétisme. Il faut poursuivre avec les moyens que la loi nous donne pour lutter contre le proxénétisme".

Les annonces de la rubrique "adultes" et payante de VivaStreet ne représentent que 1% du volume total des annonces. Mais elles semblent rapporter beaucoup. Chaque annonce coûte entre 110 et 500 euros pour un mois. A raison de 7000 annonces par jour, cela fait entre 8 et 42 millions de chiffres d'affaires par an, si notre hypothèse est bonne. En 2011, Yannick Pons, le patron du site, a été classé 465ème fortune de France.

L'enquête intégrale à lire et écouter en cliquant ici.

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