De la commission Jacques Attali au mouvement "En marche", en passant par le gouvernement Valls, qui est vraiment Emmanuel Macron ? Et quel lien a-t-il avec le monde de la finance ?

Emmanuel Macron au Mondial de l'automobile à Paris, Porte de Versailles, en 2016
Emmanuel Macron au Mondial de l'automobile à Paris, Porte de Versailles, en 2016 © Maxppp / Vincent Isore / IP3 PRESS

Emmanuel Macron, lorsqu’il était en classe préparatoire au lycée Henri IV à Paris, n'était pas un féru d’économie et de finance. Voici le portrait qu'en dresse une de ses anciennes camarades de classe, Christine Monin :

"On le remarquait pour son amour sincère de la langue, de la poésie, de la culture. Il avait cette tignasse blonde, un peu échevelée, ses yeux clairs, habillé souvent en noir. On avait étudié Ruy Blas de Victor Hugo. Il était volontaire pour le lire à voix haute. Je le voyais un peu en auteur dramatique, en poète maudit."

On l'imaginait plus en futur ministre de la culture. Il ne brillait pas particulièrement en économie.

C'est en 2007, à la commission Jacques Attali, pour la libération de la croissance, que tout commence vraiment. Emmanuel Macron en est alors le rapporteur général adjoint. Il en profite pour se constituer un solide carnet d’adresses. Par la suite, il utilisera ce réseau à la banque Rothschild. Yves de Kerdrel, un ex membre de la commission, l'avait observé :

"On voyait bien le futur banquier d'affaires qui avait compris qu'il y avait des personnalités importantes. Il cherchait à se rapprocher des membres de la commission Attali. Il allait plus loin que son simple rôle officiel qui était d'être un rapporteur général adjoint."

Il cherchait le contact alors que ce n'était pas son rôle.

Un "savoir-faire" qu'il mettra ensuite à profit chez Rothschild, explique Jean-Baptiste de Froment, un autre ancien camarade de promotion d’Emmanuel Macron :

"Pour être un grand banquier à Rothschild, il a bien compris que ça ne servait à rien d'être trop technique, qu'il fallait plutôt se concentrer sur l'aspect rhétorique, inspirer confiance, séduire… Il est totalement caméléon là-dessus."

Jean-Baptiste de Froment, 2016
Jean-Baptiste de Froment, 2016 © Radio France / Jacques Monin

Sa grande force : changer de couleur et de discours en fonction de l'interlocuteur.

Cette force lui permet de ramener un gros client chez Rothschild : le PDG de Nestlé (ancien membre de la Commission Attali), qui rachète une filiale du laboratoire Pfizer. Une transaction à 9 milliards d’euros.

Coupe-t-il pour autant les ponts avec le milieu de la finance lorsqu’il se lance en politique ? Pas vraiment. C'est Christian Dargnat, un ex directeur général de la BNP, qui devient le financier de En Marche, la machine politique au service d'Emmanuel Macron. Il vient d’être rejoint par Bernard Mourad, un ex bras droit de Patrick Drahi, qui fait carrière chez Morgan Stanley. Mais pour Mathieu Laine, un conseiller en stratégie proche de l’ancien ministre, il ne faut pas en tirer de conclusion hâtive :

"C'est pas parce qu'il fait un peu de levée de fonds qu'on peut caricaturer les choses. Il a été suffisamment dans le système pour voir ce qui marchait et ce qui ne marchait pas."

Un exemple précis montre l’ambiguïté d'Emmanuel Macron vis à vis des milieux bancaires. Juste après son départ de chez Rothschild, il a en effet plaidé pour séparer les banques de détails des banques qui spéculent afin de protéger l’argent des déposants. Il l’a écrit en 2012, dans un ouvrage collectif qui était supervisé par l’historien Patrick Weill. Mais Marc Endeweled, auteur du livre _L'ambigu Monsieur Macron_, nous raconte que cela a été fait très discrètement :

"Sous pseudo, Emmanuel Macron se prénomme Éric Souleiman. Un de ses articles fait la promotion de la séparation stricte des banques. Il se positionne plutôt à la gauche du PS, et une fois à l'Élysée, il laisse faire "la courroie de transmission" des banques, c'est à dire Bercy."

D'un côté, Emmanuel Macron dénonce donc discrètement les excès de la financiarisation, mais de l'autre, il ne dit pas qu’il veut la réformer. Attendons donc qu'il passe du stade du diagnostic, à celui des propositions pour voir s'il sort de l’ambiguïté à ce sujet...

►►► L'enquête intégrale à lire et écouter ici

Vidéo : qui est vraiment Emmanuel Macron ?

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