3 ans après sa création, le parquet national financier nous ouvre ses portes en exclusivité. Quel est l'état d’esprit des magistrats, dans l’œil du cyclone avec l'affaire Fillon ?

Affaires politico-fiancières : le parquet financier assume sa fermeté
Affaires politico-fiancières : le parquet financier assume sa fermeté © Maxppp / Thomas Padilla

Le 25 janvier, le Canard enchaîné jetait un sacré pavé dans la mare en affirmant que l’épouse du candidat "Les Républicains" à la présidentielle, avait bénéficié durant de longues années d’un emploi présumé fictif d’attachée parlementaire. Moins de 24 heures après la publication de l’hebdomadaire satirique, le parquet national financier (PNF) annonçait l’ouverture d’une enquête préliminaire. Cette célérité a de quoi étonner, répètent les proches de l’ancien Premier ministre François Fillon, qui voient dans cette enquête une manœuvre politique visant à déstabiliser leur champion. La célérité est pourtant, depuis sa création, au lendemain de l’affaire Cahuzac, l’une des marques de fabrique du PNF, selon son secrétaire général, le magistrat Jean-Marc Toublanc :

Nous sommes très attachés à l’égalité de tous devant la loi.

"Dès que l’on soupçonne un délit qui relève de notre compétence, on se mobilise et on se saisit de l’affaire quelle que soit l’importance, la sensibilité ou la couleur politique de la personne concernée."

VIDÉO | Derrière l'affaire Fillon, le PNF...

Prison ferme pour d’anciens ministres

Dès sa prise de fonctions, la procureur Eliane Houlette a fait savoir qu’elle réserverait à tous les justiciables le même traitement. Chez les délinquants en col blanc, déclarait-elle :

Le sentiment d’impunité ne doit plus exister.

Depuis sa création, le PNF réclame et obtient souvent de la prison ferme lors des procès visant des personnalités politiques. Jérôme Cahuzac a été condamné en première instance à trois ans ferme pour fraude fiscale ; Claude Guéant a écopé de deux ans de prison, dont un an ferme à l’issue du procès en appel des « primes en liquide du ministère de l’Intérieur ». Cette position de fermeté, voire de sévérité, est totalement assumée par la procureur financier adjoint, Ulrika Delaunay Weiss :

Nous assistons à une rupture entre les citoyens et leurs responsables politiques.

"Malheureusement, sur 100 personnalités politiques, vous pouvez avoir 99 qui sont honnêtes, mais la seule qui sera malhonnête déteindra sur toutes les autres. Nous parlons aussi de cela dans nos réquisitions quand nous demandons au tribunal d’alourdir les peines. Nous disons au tribunal : « Écoutez cette exaspération face à ces gens-là, et sanctionnez-la. »

Des services sous pression

Le PNF mène la plupart de ses investigations dans le cadre procédural de l’ « enquête préliminaire ». Le ou les mis en cause peuvent être ensuite renvoyés directement devant un tribunal correctionnel. Ce choix de ne pas confier d’information judiciaire à un juge d’instruction est souvent contesté par les mis en cause, car les droits de la défense sont plus limités dans le cadre d’une enquête préliminaire. Le PNF assume sa stratégie : la préliminaire permet souvent d’accélérer le traitement des dossiers. Elle rééquilibre aussi le combat pas toujours équitable entre les délinquants en col blancs et les magistrats, estime la procureur Ulrika Delaunay Weiss :

Nous c’est "David"... et" Goliath", c’est en face !

"Je n’aurais jamais soupçonné, avant d’arriver au PNF, la dureté du combat procédural. C’est frappant de voir le nombre d’avocats que nous avons face à nous, l’importance des écritures déposées, ça peut être des centaines de pages de moyens de nullité soulevés. Même l’acte de citation directe a été attaqué dans mon dernier dossier ! Nous devons donc répondre pied à pied à l’ensemble de ces arguments."

Célérité, fermeté, rigueur. Les maître-mots sont les mêmes à l’office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF). Ce service de police judiciaire a été créé en même temps que le PNF, après le séisme Cahuzac. C’est à ce service, installé dans les locaux de la PJ de Nanterre, que le parquet a confié les investigations sur les époux Fillon. Nous avons rencontré son patron, Thomas de Ricolfis, au plus fort du « Penelope gate ». Le service, reconnaît-il, est un peu sous pression :

« C’est la première campagne présidentielle qu’affronte l’office. On s’était préparé à voir des affaires sortir dans cette période un peu délicate. Mais entre se préparer mentalement et recevoir une enquête, c’est différent… Le but, c’est de travailler de manière sereine malgré la pression, qu’on ne peut pas nier. Il faut avancer de manière méthodique, quel que soit le résultat de l’enquête, quelle que soit la piste que l’on explore. »

L’office anticorruption mène les enquêtes sur l’affaire Paul Bismuth visant Nicolas Sarkozy ou encore le dossier des attachés parlementaires du Front National. Thomas de Ricolfis affirme que son service est libre d’investiguer sur les terrains les plus sensibles, ce qui n’a pas toujours été le cas par le passé :

Il y a des enquêtes que nous faisons aujourd’hui, que nous n’aurions pas faites il y a 20, 30 ans.

Enquêter sur le président de la République sortant, il y a 20 ou 30 ans, c’était impossible ? "Soit impossible soit très compliqué, répond Thomas de Ricolfis. La justice, dans ce domaine, a acquis une certaine maturité qui lui permet d’aller enquêter dans des sphères où il était très difficile d’entrer." Les hautes sphères du pouvoir sont concernées, mais aussi celles de l’entreprise et de la finance. Le PNF et l’office anticorruption ont pour mission prioritaire de lutter contre l’évasion fiscale. Dans leur viseur, entre autres : HSBC UBS ou Google.

Enquête intégrale le samedi 25 février à 13h20 sur France Inter, et à lire ici.

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