Après l’attaque à l’aéroport d’Orly, après l’attentat meurtrier de Zaventem à Bruxelles, les professionnels de l’aviation civile cherchent à anticiper tous les scénarios.

 Attaque à l’aéroport de Paris-Orly le 18 mars 2017
Attaque à l’aéroport de Paris-Orly le 18 mars 2017 © Maxppp / PQR/Le Parisien

La première crainte concerne l’infiltration de personnels malveillants. Les services de renseignement ont multiplié ces derniers mois les enquêtes sur les employés des plates-formes aéroportuaires. A Roissy, des agents de l’antiterrorisme ont même été affectés sur le site de l’aéroport. Désormais, policiers et gendarmes ont la possibilité d’utiliser des techniques « intrusives » pour mener des investigations sur des personnels qui leur paraîtraient suspects.

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Ecoutes et filatures

« Il y a eu une réforme du renseignement et tous les services travaillent ensemble pour détecter les individus qui sont radicalisés sur la plate-forme, et les suivre avec des moyens qui peuvent être la mise sur écoute ou la filature », explique Christophe Blondel-Deblangy, secrétaire général de la préfecture déléguée pour la sécurité et la sûreté des plates-formes aéroportuaires de Roissy et du Bourget.

Parallèlement, des opérations de criblage ont permis de vérifier le « pedigree » de tous les personnels habilités à travailler en « zones réservées ». A Roissy, près de 80 mille personnes sont détenteurs du fameux « badge rouge » qui permet d’accéder aux installations les plus sensibles. Depuis les attentats de janvier 2015, le préfet pour la sûreté à Roissy a retiré ou refusé 553 badges rouges. 87 de ses décisions concernaient des suspicions de « radicalisation ».

Contre les drones, « pas de parade miracle »

Les services de l’Etat et les professionnels de l’aviation civile étudient aussi les vulnérabilités des aéronefs, car de nouvelles menaces sont apparues ces dernières années. Les drones, en premier lieu. L’organisation terroriste Etat islamique est déjà parvenue à transformer des drones en mini-bombardiers, en Irak et en Syrie. L’idée qu’un drone puisse être lancé sur un avion dans sa phase de décollage ou d’atterrissage est une hantise pour les représentants de la défense et les professionnels de l’aviation civile. Pour prévenir le risque, des caméras sont installées autour des aéroports de la région parisienne, et l’armée de l’air patrouille régulièrement. Aujourd’hui, des aigles royaux sont entraînés pour arrêter des drones. Des solutions technologiques sont aussi à l’étude, mais elles n’ont pas encore donné satisfaction. « On n’a pas encore trouvé la parade miracle pour intercepter ou neutraliser un drone, explique Alain Zabulon, directeur de la sûreté du groupe Aéroports de Paris. Les services de l’Etat font travailler des industriels pour mettre au point des services d’interception. Ils doivent tenir compte du fait que nous avons une activité aéroportuaire et que le brouillage des ondes ne peut pas être envisagé : il ne s’agit pas de brouiller le trafic aérien ! »

Les services de l'Etat mobilisés lors d'une simulation d'attentat à Roissy
Les services de l'Etat mobilisés lors d'une simulation d'attentat à Roissy / DR

Missiles sol-air : 115 pas de tirs répertoriés à Roissy

Les services de la Défense planchent aussi sur des scénarios d’attaque d’un avion par un missile sol-air à très courte portée, qu’on appelle aussi « manpads » (man-portable aire-defense system). Des missiles de ce type ont été récupérés par des groupes terroristes et déjà été utilisés au Levant ou au Sahel pour abattre des avions de chasse ou des hélicoptères. C’est aussi un « manpads » qui a abattu l’avion de la Malaysia Airlines en juillet 2014 dans l’est de l’Ukraine. A l’initiative du Secrétariat général de la défense nationale, la France a mis en place un programme destiné à éviter toute attaque contre un aéronef à l’aide de ce type de missiles. C’est une crainte réelle, confie l’ancien commandant de bord Jean Serrat : « N’importe quel terroriste peut se mettre pas loin d’un aéroport principal avec un missile guidé par la température des moteurs et tirer sur un avion qui passe. C’est possible. Rappelons-nous qu’en Ukraine, un avion a été abattu par un missile qui est quand même monté à une altitude dépassant 6000 mètres ! »

Selon nos informations, une étude a été menée par les services de l’Etat autour de Roissy pour repérer les zones sensibles desquelles des missiles pourraient être tirés. Résultat : 115 pas de tirs ont été répertoriés ! Mais si la menace semble prise au sérieux par les autorités, elle doit être relativisée, car, selon les sources militaires que nous avons sollicitées, il n’est pas prouvé que des missiles de ce type, en état de marche, circulent en France.

►► Enquête Secrets d'Info à écouter le samedi 25 mars à 13h20 sur France Inter.

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