Pétrole, armement, technologies, banques... depuis 2011, l'embargo européen sur la Syrie interdit de commercer. Mais cet embargo est contourné.

Des membres du Croissant Rouge distribuent l'aide humanitaire en Syrie
Des membres du Croissant Rouge distribuent l'aide humanitaire en Syrie © AFP / Stringer

En 2011, l'embargo sur la Syrie est décidé par les 28 pays membres de l’Union européenne, en réaction à la répression de Bachar Al-Assad contre son peuple. Cet embargo autorise des dérogations pour l’aide humanitaire (médicaments, équipement hospitalier, alimentation, produits agricoles), mais les ONG dénoncent le détournement quasi-systématique de ce matériel. Plusieurs milliards de dollars d’aide des Nations Unis ont été détournés par des structures contrôlées par le régime de Damas.

Le pétrole brut fait aussi l’objet de trafics. Il est tombé dans les mains de Daech, et malgré l’embargo, il a fini dans de nombreuses raffineries de grands groupes pétroliers occidentaux. Selon Alain Juillet, ancien responsable du renseignement, "tout le monde le savait. Ça s’est arrêté parce que les Russes, qui n’avaient pas les mêmes intérêts que les autres puissances, ont bombardé les camions de pétrole."

Quant aux français, des entreprises ont repris la coopération culturelle avec le régime syrien, sous l’égide de l’UNESCO. La start up française Iconem forme des syriens à l'utilisation de drones. Les images photographiées servent à reconstruire virtuellement ces monuments. Mais le documentariste Jean-Luc Raynaud (réalisateur du documentaire "Les derniers remparts du patrimoine") alerte : "les drones ne sont pas des jouets. Ce sont des armes de guerre. De surveillance."

Parallèlement, le marché de la reconstruction suscite la convoitise.  Il est évalué par les experts à 400 milliards de dollars. Du coup, les entreprises reviennent prudemment en Syrie, comme cet été 2017, à la foire de Damas. Officiellement, il n'est pas question de passer la ligne rouge et de signer des contrats. Mais des sociétés de sécurité privées vont à Damas pour de grosses entreprises pharmaceutiques, comme Sanofi, Novartis ou Pfizer. "Il faudra composer avec le régime actuel, parce que c’est lui qui tient les cordons de la bourse, admet Richard Terzian, responsable de la société de sécurité privée "Anticip", ça veut dire qu'il va accorder des faveurs à certains, et pas à d’autres. S’il faut se mettre à table avec le diable, on le fera."

Enquête Secrets d'Info "Syrie : derrière la ligne rouge de l’embargo"

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.