Enterrée en novembre 2016, l’écotaxe sur les poids lourds n’a jamais rien rapporté aux finances publiques. Son abandon est un manque à gagner d'environ dix milliards d’euros.

Taxe sur les poids-lourds : après l’abandon, l’ardoise
Taxe sur les poids-lourds : après l’abandon, l’ardoise © AFP / Philippe Huguen

La révolte des Bonnets rouges en Bretagne et les images spectaculaires de ces portiques incendiés sur les routes semblent bien loin. Pourtant, la taxe sur les poids lourds adoptée sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy n’a été enterrée définitivement qu’en novembre 2016 par le Parlement. Aujourd’hui, on commence à mesurer l’ampleur de la facture de ce fiasco, selon le directeur de l’association écologiste Alsace NatureStéphane Giraud :

On est à 1712 euros perdus par minute : environ 2,5 millions d’euros par jour. Depuis l’abandon de l’écotaxe, on est à 3 milliards de pertes !

Gabegies en série

La Cour des comptes, dans son dernier rapport annuel, chiffre le manque à gagner à près de dix milliards d’euros en 2026 et pointe une série de gabegies :

  • Un impôt inscrit dans la loi de finances mais jamais prélevé,
  • Une société, Ecomouv, qui devait collecter cet impôt et que l’Etat va devoir dédommager pendant encore dix ans. La facture frôle le milliard d’euros.
  • Comme si ça ne suffisait pas, l’Etat a bradé les équipements prévus pour collecter la taxe, ce que dénonce la Cour des comptes dans son rapport.

Les sociétés de transport, s’estiment, elles aussi, lésées et dénoncent un immense gâchis. Florence Berthelot est la déléguée générale de la Fédération nationale du transport routier (FNTR) :

"On n’a jamais indemnisé les transporteurs français et étrangers. Ça s’est chiffré à plusieurs centaines de milliers d’euros dans certaines entreprises. Certains transporteurs étrangers ont d’ailleurs tenté de demandé à l’Etat français des remboursements et on les a renvoyés dans leurs buts."

Enquête de la police anti-corruption

Le contrat de l’écotaxe, qui avait été passé sous la présidence de Nicolas Sarkozy avec le consortium Ecomouv (derrière lequel se trouve le groupe italien Autostrade), fait l’objet depuis 2013 d’enquête initiée par le parquet de Nanterre. Elle est confiée à l’Office central de lutte contre la corruption, les infractions financières et fiscales de la police judiciaire. Selon nos informations, les policiers qui enquêtent sur des soupçons de corruption et de favoritisme, sont sur le point de boucler leurs investigations. A ce stade, il n’y a pas de poursuite engagée.

Manque d’argent pour les infrastructures de transport

L’abandon de l’écotaxe a aussi des conséquences très concrètes sur les projets d’infrastructures de transport. Car, sous son vernis écolo, la taxe poids lourds devait avant tout servir à renflouer les caisses de l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF), en panne de ressources depuis la privatisation massive des autoroutes dans les années 2000. L’argent de l’écotaxe devait aussi permettre de rénover les routes nationales départementales. Là encore, l’absence de recettes a des conséquences concrètes.

Avec l’entrée de Nicolas Hulot au gouvernement, de nombreux écologistes espéraient voir le dossier de l’écotaxe remis sur la table. Nous avons sollicité le cabinet du nouveau ministre de la Transition écologique sur le sujet, nous n’avons pas eu de réponse.

►► L'enquête intégrale à lire et écouter en cliquant ici.

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.