CRISPR Cas9, une technologie qui révolutionne la génétique depuis 4 ans, alarme aujourd’hui les services de sécurité. Pourquoi nous menace-t-elle ?

CRISPR Cas9, des "ciseaux à découper l'ADN"
CRISPR Cas9, des "ciseaux à découper l'ADN" © AFP / ANDRZEJ-WOJCICKI/L-AWO/Science Photo

En 2012, une française, Emmanuelle Charpentier et une américaine, Jennifer Doudna, découvrent un technique révolutionnaire de découpage du génôme. CRISPR Cas9 permet de découper la molécule d'ADN de n'importe quel organisme vivant, mais aussi de retirer, ajouter, modifier des gènes. C'est une avancée majeure qui fait naître un énorme espoir pour guérir des maladies jusqu'ici incurables.

VIDÉO | CRISPR Cas9 : la grande menace

Selon André Choulika, le créateur de Cellectis, une entreprise française en pointe sur ce domaine, "la vie va changer" au sens propre du terme :

On va pouvoir créer de nouvelles espèces.

"C'est une révolution qui va secouer la planète à une profondeur dont on n'a même pas idée, poursuit-il. Un tournant énorme est en train de se passer grâce à ces technologies."

Des laboratoires ont déjà utilisés ces "ciseaux à découper l'ADN", et leurs expériences ont été concluantes. Une équipe chinoise a par exemple donné naissance à des chiens nés avec le double de leur masse musculaire habituelle. On peut également croiser des vaches laitières sans cornes aux Etats-Unis, créées par une entreprise du Minnesota.

Prochaine étape après les animaux : l'homme. Des équipes chinoises ont déjà fait des expériences sur des embryons en modifiant un gène responsable d’une maladie du sang, mais aucun n’a survécu. La perspective d'appliquer cette technique sur l'homme effraie beaucoup, et même Jennifer Doudna, la co-découvreuse de CRISPR Cas9, s'inquiète :

"Il y a de nombreuses questions éthiques que nous devons considérer avec attention. Avec mes collègues, nous appelons à une pause globale de toutes les utilisations de la technologie CRISPR sur les embryons humains, le temps que nous puissions en mesurer toutes les implications."

Mais les craintes liées à CRISPR Cas9 vont bien au-delà de ces questions éthiques. Aujourd'hui, cette révolution est vue comme une menace potentielle pour la sécurité des Etats.

En 2016, James Clapper, alors directeur de l'ensemble des services du renseignement américain, précise ses craintes dans un rapport alarmiste. Olivier Lepick, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique, raconte :

James Clapper a annoncé que le découpage du génome devait figurer parmi les menaces d'armes de destruction massive pour les Etats-Unis.

Après cette déclaration choc de James Clapper, les conseillers scientifiques de Barrack Obama échafaudent, eux-aussi, un scénario inquiétant dans une lettre au Président :

Extrait du rapport |Un exemple serait d'utiliser CRISPR pour créer des virus qui pourraient couper, modifier, éteindre ou activer un gène, et de ce fait, affecter une fonction cellulaire importante. Il est possible qu'une attaque bien exécutée et planifiée reste invisible pendant des jours ou des semaines.

Ces hypothèses nécessitent encore de réunir des compétences complexes. Pourtant, cette technologie est réputée simple à mettre en œuvre, et elle est déjà utilisée par plus de 3000 laboratoires dans le monde. Les risques d'utilisations malveillantes semblent donc élevés.

En France, la DGSI surveille les doctorants qui travaillent dans les laboratoires de génétique, explique Olivier Lepick :

"Les services de renseignements surveillent les étudiants parce qu'avec les techniques d'éditions de gènes, leur détournement dans le cadre d'une dérive terroriste est envisagé de manière beaucoup plus évidente que ce qui pouvait exister il y a quelques années."

Une étroite surveillance qui a déjà motivé des refus de candidatures estudiantines en laboratoire de recherche.

►► A LIRE/ECOUTER |Crispr Cas9, la dernière folie de la génétique, enquête de Sylvain Tronchet.

►► LIRE |L'article du Parisien Magazine

Enquête en partenariat avec "Le Parisien Magazine"
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