Des agressions récurrentes visent la communauté chinoise de la région parisienne. Depuis janvier 2016, 105 plaintes de chinois ont été enregistrées à Aubervilliers.

Manifestation de la communauté asiatique le 4 septembre 2016 à Paris
Manifestation de la communauté asiatique le 4 septembre 2016 à Paris © Maxppp / Arnaud Dumontier PQR LE PARISIEN

Le 7 août 2016, Chaolin Zhang, un couturier chinois de 49 ans est attaqué et tué à deux pas de son domicile, alors qu’il marchait avec un compatriote. Le 26 octobre 2016, une plaque sur laquelle on peut lire "Ciblé en raison de son origine chinoise", a été posée à l'endroit exact de l'agression.

Plaque à la mémoire de Chaolin Zhang, octobre 2016
Plaque à la mémoire de Chaolin Zhang, octobre 2016 © Radio France / Tamara Lui

Cette agression avait donné lieu à une manifestation très médiatisée à Paris, le 4 septembre 2016. Dan Chen, un commerçant qui a manifesté sa colère, donne son sentiment :

"Lorsqu'on pose la question à n'importe qui dans la rue, si quelqu'un dans son entourage ne s'est pas fait agresser, à 80% des cas ils disent oui."

Cette augmentation des agressions, Mehdi Bouthegmès, conseiller municipal à La Courneuve, l’a aussi constatée :

"A Bobigny, ça commence à s'organiser, avec un ciblage spécifique. Ce n'est pas simplement des agressions dans la rue."

C'est un racket en raison d'une appartenance culturelle ethnique.

Si la communauté chinoise est ciblée en particulier, c'est à cause d'un préjugé qui touche autant les touristes chinois, que les commerçants qui vivent à la Courneuve ou à Aubervilliers : les chinois auraient toujours de l'argent liquide sur eux. Le sénateur Jean-Pierre Raffarin, qui connait très bien la Chine, fait la même analyse :

"Il y a une tradition chinoise d'avoir plutôt du liquide sur soi. Ils sont très souvent attaqués parce que les malfaiteurs présupposent qu'un chinois peut avoir de l'argent sur lui."

Cette croyance est évidemment fausse. En l’occurrence, le couturier tué cet été 2016 n’avait pas d'argent sur lui. Les agresseurs habitent parfois dans des cités très proches des victimes, et sont souvent dans la même situation sociale qu'elles, comme l'explique Mehdi Bouthegmès :

"Les victimes ne roulent pas en Mercedes ou BMW. Pour la plupart, elles sont propriétaires, elles ont des crédits. Elles ne peuvent pas déménager, même si la police le leur demande."

Les personnes agressées vivent dans la même situation que leurs agresseurs, si ce n'est pire.

Le meurtre du couturier chinois a révélé que les politiques s’intéressent de plus en plus à cette communauté. Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, Bruno Lemaire, Jean-François Copé, Benoît Hamon, sont tous venus à Aubervilliers après la manifestation de Paris. Ils avaient un message officiel à faire passer : "nous vous comprenons". Mais il y avait également un message officieux, celui de voter pour eux aux primaires de la droite et du centre, voire aux élections présidentielles.

Ce défilé des politiques fait réagir Frédérique Calandra, la maire du 20ème arrondissement de Paris.

Frédérique Calandra
Frédérique Calandra © Radio France / Philippe Reltien

"J'assiste au grand bal de la récupération. On a vu ça en 2011 aussi, j'ai vu tout à coup des tas d'élus qui ne venaient jamais à Belleville, s'y précipiter. Ce n'est pas très digne. Ils attendent un retour sur investissement. Nos habitants d'origine chinoise en France, vont devenir comme les français :

Il n'y aura pas un vote chinois, mais des votes chinois, c'est ça la démocratie.

Si la communauté chinoise intéresse de plus en plus, c’est aussi parce que non seulement elle pèse beaucoup économiquement, mais en plus parce qu'une nouvelle classe moyenne émerge, et avec elle, un nouvel électorat. Les politiques peuvent donc difficilement passer à côté.

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