Révélations : des documents prouvent qu'EDF et Areva savaient que Creusot Forge connaissait des problèmes de qualité quand ils y ont fait fabriquer la cuve de l'EPR de Flamanville.

Sortie de la branche d’essai du four de chauffe avant forgeage (site du Creusot – 07/03/2017)
Sortie de la branche d’essai du four de chauffe avant forgeage (site du Creusot – 07/03/2017) © Areva / Cyrille Dupont

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EDF et Areva avaient été alertés avant la fabrication de la cuve de l’EPR de Flamanville que la Forge du Creusot connaissait de sérieux problèmes de qualité. Les deux industriels semblent avoir ignoré les avertissements de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et installé la cuve dans le bâtiment réacteur en 2014 en dépit de ces mises en garde. Cet élément-clé de l’EPR attend toujours d’être validé par le gendarme du nucléaire en raison d’une teneur en carbone trop importante.

Le couvercle et le fond de la cuve de l’EPR ont été fabriqués au Creusot entre septembre 2006 et décembre 2007. Dans un courrier du 16 décembre 2005, que s’est procuré France Inter, l’ASN met pourtant en garde EDF sur la fiabilité de cette usine. L’Autorité explique avoir constaté « de nombreux écarts concernant le forgeron Creusot Forge. » Ce courrier sera suivi d’une inspection du site en avril 2006 au cours de laquelle l’ASN dresse 16 constats d’écarts et irrégularités.

Extrait de la lettre de l'ASN à EDF datant de 2005
Extrait de la lettre de l'ASN à EDF datant de 2005 © Aucun(e)

Le 16 mai, dans un nouveau courrier, l’ASN alerte EDF sur de « nombreux incidents » au sein de l’usine entraînant un « nombre de rebuts important ».

  • Lettres de l'ASN avertissant EDF des problèmes de Creusot Forge en 2005 et 2006 :

L’ancien directeur général de l’ASN, André-Claude Lacoste, a confirmé à France Inter qu’il s’était rendu sur place en 2006, et qu’il était revenu « effondré » par ce qu’il avait vu. Selon lui, la forge, qui appartenait à l’époque à l’homme d’affaires Michel-Yves Bolloré (frère de Vincent), n’était pas au niveau des standards attendus dans le nucléaire. Il explique avoir prévenu Areva des difficultés que connaissait son fournisseur. Quelques mois plus tard, le groupe rachète la forge à l’homme d’affaires breton pour 170 millions d’euros.

  • Rapport d'inspection de Creusot Forge par l'Autorité de sûreté britannique :

Areva n’a pas souhaité commenter les révélations de France Inter. David Emond, directeur composants d’Areva NP affirme que « l’usine du Creusot est faite pour fabriquer des composants nucléaires ». De son côté, EDF reconnaît qu’elle connaissait les problèmes du forgeron bourguignon, et qu’elle a « renforcé sa surveillance en augmentant ses actions de contrôle » à l’époque.

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