Deux mois après l’enquête que nous avions consacrée à lanébuleuse des « vaccino-sceptiques »nous portons aujourd’hui le regard sur l’attitude des médecins qui, eux aussi, commencent à douter du bien-fondé de l’obligation vaccinale.

Vaccination d'une jeune enfant
Vaccination d'une jeune enfant © Fotolia

Intrigués par le succès d’une pétition contre la stratégie des laboratoires pharmaceutiques initiée par le professeur Henri Joyeux, nous avions observé que, depuis quelques années, le discours anti-vaccinal était en progression et que les campagnes de vaccinations étaient de moins en moins suivies.

Selon un sondage de juin 2015 menée pour le compte de la mutuelle nationale des hospitaliers, plus d’un quart des Français estime que la vaccination présente plus de risques que de bénéfices ! Cette forme d’insoumission croissante inquiète les autorités de santé publique qui redoutent la réapparition de maladies infectieuses graves.

Depuis octobre toutefois, la pétition – très contestée - du professeur Joyeux contre les laboratoires semble avoir fait le plein à un peu plus de 767 000 signatures. Le fleuve s’est tari. Il faut avouer qu’entretemps la France a connu des événements tragiques et que l’opinion publique s’est mobilisée sur d’autres sujets.

Mais la mobilisation les militants, eux, n’a pas faibli, et s’est même au contraire illustrée sur d’autres terrains, en particulier sur le plan judiciaire.

On a ainsi vu les actions en justice se multiplier devant les tribunaux et, dans toutes les régions, les associations de défense de la liberté vaccinale sont très mobilisées.

Trois exemples :

  • Strasbourg, le 9 novembre, affaire Leconte : des parents qui refusaient de faire vacciner leur bébé ont été relaxés, non qu’on leur ait donné raison mais les juges ont trouvé un vice de forme dans la poursuite…

  • Clermont, le 24 novembre, affaire du Méningitec : 580 familles poursuivaient un laboratoire dont les vaccins contre la méningite avaient été vendus munis de seringues rouillées. On en est aux expertises et la procédure se poursuit…

  • Paris, dans l’affaire du Gardasil - ce vaccin destiné aux jeunes filles pour déjouer le cancer du col de l’utérus - les 50 plaignantes s’insurgent contre le classement sans suite de l’affaire et veulent se constituer partie civile pour faire ouvrir une instruction…

On pourrait citer bien d’autres cas, il y en a régulièrement de nouveaux, dont l’examen par la justice dure longtemps… de sorte que les associations ont moult occasions de déployer leurs arguments.

Mobilisation associative, contestation chez les patients…rien de neuf, au fond.

Ce que nous avions moins mesuré, et surtout moins détaillé dans notre enquête précédente, c’est à quel point les médecins eux-mêmes, notamment les généralistes, se mettent également à douter… Cette « hésitation vaccinale » des médecins de famille est loin d’être majoritaire mais elle marque cependant une tendance nouvelle, dans cette proportion en tous cas ?

C’est en effet un quart des généralistes, comme le révèle une étude de l’INSERM qui nourrit des doutes tant sur les risques que sur l’utilité des vaccins… Plus significatif encore : un tiers d’entre eux préfère se fier à son propre jugement plutôt que de suivre aveuglément le calendrier vaccinal des autorités de santé publiques, ce sont des chiffres qui « interpellent ».

Parmi ceux qui affirment douter le plus, on en trouve qui ne se sentent pas assez formés sur le sujet - on ne consacre qu’à peine 2 heures dans tout le cursus des études de médecine à la question de la vaccination obligatoire. Et puis d’autres, souvent praticien de médecines dites « alternatives » qui comprennent, comme ce généraliste que j’ai rencontré à Paris, le docteur Dominique Eraud , le questionnement de leurs patients...

Dr Dominique Eraud, médecin généraliste à Paris
Dr Dominique Eraud, médecin généraliste à Paris © RF / Maxime Ferrier

Il y a une remise en question de la santé et de la prescription médicale. Les patients posent des questions, ils sont informés, on doit leur répondre. Sans leur cacher de quoi sont aussi faits les vaccins : formaldéhyde, aluminium, sérum de veau... On ne peut donc pas leur imposer la vaccination, on doit les faire réfléchir. La vaccination est un acte personnel

Cela ne signifie pas pour autant que ces médecins se déchargent de toute responsabilité. Ce que prône le docteur Eraud, c’est une vaccination qui serait adaptée à chacun, démarche fondée sur l’idée que chaque personne réagit différemment à la vaccination, et sera du coup plus ou moins durablement protégé.

Le docteur Eraud a piloté une expérience à l’Hôpital Privé du Nord Parisien de Sarcelles sur tout le personnel, médical et administratif, soit près de 150 personnes, afin de voir s’il était nécessaire ou non de procéder à des rappels de vaccins. Les résultats ont été surprenants.

On a proposé aux personnes de pratiquer une vaccination personnalisée, c'est-à-dire de procéder à un dosage des anticorps avant un éventuel rappel de vaccins. Donc dans le timing où elles auraient du le faire. Et on s'est aperçu que non seulement une grande majorité des gens étaient déjà immunisés par rapport aux vaccinations proposées mais aussi - surprise! - que certaines personnes (une infime minorité) pourtant vaccinées depuis peu n'étaient pour autant pas immunisées !!

Ci-dessous un bref reportage réalisé par France3 dans l'Hopital de Sarcelles lors de cette expérience

Il faut rester prudent. Ce test a été mené sur un nombre relativement faible de personnes. On ne peut pas en tirer de conclusion hâtive, mais il a quand même mis en évidence que les individus réagissent bien différemment les uns des autres à la vaccination. Des recherches seraient utiles pour comprendre les mécanismes et les causes de cette innocuité différenciée. Causes génétiques ? Causes circonstancielles ? Causes environnementales ? En tous cas, cela corrobore l’idée qu’il serait utile, avant toute vaccination, de mesurer la quantité d’anticorps de chacun, c’est-à-dire le niveau individuel de protection immunitaire vis-à-vis de telle ou telle maladie…

Reste la question fondamentale : celle de la généralisation. Ce qu’un médecin effectue à l’échelle de son cabinet ou de son hôpital peut-il servir de modèle à une politique publique ? Est-ce qu’à l’échelle de tout un pays ce dispositif ne serait pas complexe à mettre en œuvre ?

La recherche d’anticorps s’appuie sur une prise de sang suivie d’une batterie d’analyses. A mettre en œuvre au niveau national cela suppose organisation, planification et contrôles. Un des aspects présenté comme avantageux par le docteur Eraud est le moindre coût, qu’il conviendrait de mettre en rapport avec le prix des vastes campagnes vaccinales, puisqu’on ne vaccinerait que ceux qui en auraient besoin, suite aux tests… Enfin le nombre des effets secondaires liés à la vaccination systématique serait mécaniquement réduit. Sans doute cette piste, comme d’autres en cours de recherches, devrait-elle être signalée dans le rapport très attendu de la mission Hurel qui doit proposer début janvier une remise à plat de la politique vaccinale en France.

On devrait a minima y découvrir une remise en question de l’incohérente coexistence entre obligation et recommandation vaccinales, clarification qui d’ailleurs est réclamée par les plus hautes autorités de la vaccination.

Enquête d'Anne Brunel

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